L’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) a inauguré, à l’occasion de la Fête de la Musique, une exposition dédiée à Youssou Ndour, « la voix de l’Afrique ».
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Suite de l’article : Sur le papier, l’initiative est séduisante : offrir aux voyageurs une immersion culturelle dès leur arrivée. Mais derrière cette vitrine, je ne peux m’empêcher de voir une opération de communication habilement déguisée en hommage artistique.
Le contexte est clair : LAS, gestionnaire de l’AIBD, souhaite faire de cette infrastructure un lieu de valorisation du patrimoine sénégalais. Une ambition louable, mais qui, dans les faits, se résume trop souvent à des actions symboliques et éphémères. Prenons l’exemple de cette exposition. Youssou Ndour, icône du mbalax et ambassadeur de la culture sénégalaise, est mis à l’honneur. Pourtant, je me demande si cette initiative ne relève pas davantage du branding que d’une véritable volonté de promouvoir notre héritage culturel. La Fête de la Musique, après tout, célèbre l’accès universel à la musique, pas sa commercialisation.
Analysons les faits. Les voyageurs, souvent pressés par le temps, auront-ils vraiment l’opportunité de s’imprégner de l’œuvre et du parcours de l’artiste ? Ou ne s’agira-t-il que d’une photo opportune, d’un selfie devant une affiche, avant de se précipiter vers leur porte d’embarquement ? La culture, ici, semble réduite à un décor, une toile de fond pour sublimer l’image de l’aéroport. LAS réaffirme son engagement à faire de l’AIBD une « vitrine de l’excellence culturelle sénégalaise », mais une vitrine reste un écran : elle montre, mais ne donne pas accès à la profondeur.
Je ne nie pas l’importance de promouvoir notre patrimoine. Mais je crains que cette approche ne soit qu’une facette d’une stratégie plus large, où la culture devient un argument commercial. À l’instar des aéroports de Dubaï ou de Changi, qui transforment leurs terminaux en galeries éphémères, l’AIBD semble emboîter le pas, sans pour autant s’engager dans une démarche culturelle approfondie. Ces espaces, aussi esthétiques soient-ils, restent des lieux de transit, où l’art est souvent relégué au rang d’attraction touristique, voire de produit d’appel.
Pire, cette instrumentalisation de la culture pose question. Youssou Ndour mérite mieux qu’une exposition éphémère, conçue comme un argument de vente pour attirer les passagers. La culture sénégalaise, riche et diversifiée, ne devrait pas être réduite à une vitrine marketing. Elle mérite des espaces dédiés, des temps longs, une immersion réelle, bien loin de l’agitation des terminaux. Quand on sait que LAS cherche à développer des infrastructures « extra-aéronautiques » pour diversifier ses revenus, on peut légitimement se demander si la culture n’est pas, ici, un simple levier économique.
Je ne peux donc que regretter cette tendance à transformer nos symboles culturels en outils de communication. La culture n’est pas un accessoire, encore moins un argument publicitaire. Elle est l’âme d’un peuple, et elle mérite mieux que d’être exposée comme un produit dans un aéroport. Derrière la vitrine, il y a une réalité : celle d’une culture instrumentalisée, réduite à son image, alors qu’elle mérite d’être vécue, comprise, et transmise.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 27/06/2026
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