Kamoa : Le cuivre qui enrichit les étrangers, pas le Congo - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 10/07/2026 05:07:00

Kamoa : Le cuivre qui enrichit les étrangers, pas le Congo

À la mine de Kamoa, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, Kamoa Copper S.A. — coentreprise détenue par Ivanhoe Mines et Zijin Mining, avec l’État congolais à 20 % exploite un gisement de cuivre de haute teneur.

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Suite de l’article : Sa directrice générale, Annabel Oosthuizen, a indiqué une production actuelle de 300 000 tonnes par an et un objectif de 500 000 tonnes en 2028. Le site s’inscrit dans la course mondiale aux minerais stratégiques.

Des montagnes de roches rougeâtres s’accumulent dans les entrepôts, des machines tournent jour et nuit et Kolwezi, la ville la plus proche, est entourée d’une douzaine de mines industrielles. Pourtant, la République démocratique du Congo reste un des pays les plus pauvres: sur environ 100 millions d’habitants, près de deux sur trois vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ce contraste alimente les interrogations sur la répartition réelle des bénéfices et sur les conséquences locales de l’expansion minière.

Le périmètre d’analyse met en lumière trois constats factuels: l’emprise foncière des projets industriels, les procédures de décision concentrées au niveau national et le poids des résidus miniers visibles sur le paysage. Kamoa affiche une teneur en cuivre de 2,8 %, soit quatre fois la moyenne mondiale, ce qui accroît les pressions d’exploitation. À l’échelle politique et économique, la Chine concentre une grande part de l’activité minière congolaise — la Chambre des mines évoque 70 % — alors que l’État conserve des participations minoritaires dans des coentreprises. En parallèle, Kinshasa a soumis une liste de 25 sites à des partenaires étrangers et des accords internationaux ont été signés, dont des protocoles impliquant des acteurs comme Glencore et des consortiums menés depuis les États-Unis.

Ces données exposent des mécanismes conduisant à la dépossession foncière. L’extension des concessions industrielles entraîne la conversion de terres agricoles et d’espaces villageois en zones d’extraction ou de stockage de stériles, visibles sur le terrain. Les décisions d’octroi de licences et les partenariats stratégiques se négocient souvent au niveau étatique ou entre grandes entreprises, sans traces publiques systématiques de consultations locales larges et formelles. La juxtaposition d’une production minières importante et d’un taux de pauvreté élevé illustre une distribution inégale des retombées économiques.

L’injustice environnementale se manifeste par la mise en danger des moyens de subsistance: sols recouverts de résidus, risques de pollution de l’eau et perte d’accès aux terres cultivables réduisent les capacités agricoles des ménages. La demande mondiale accrue pour le cuivre et le cobalt — la CNUCED prévoit une hausse de plus de 40 % de la demande en cuivre d’ici 2040 et un quadruplement de la demande en cobalt d’ici 2030 — intensifie l’exploitation et donc l’exposition des populations locales à ces impacts.

Les témoignages et les postures officielles confirment la tension entre discours et réalité. Annabel Oosthuizen affirme que « Kamoa est actuellement l’une des plus grandes mines de cuivre au monde », formule qui met en exergue l’ampleur industrielle. Pour des habitants, la présence étrangère est ancienne: « Je suis né et j’ai grandi à Kolwezi. J’ai toujours vu des mines et des Chinois ici », déclare un chauffeur de taxi, rappelant l’inscription quotidienne de l’extraction dans le paysage social.

Comparer la part de marché chinoise dans l’activité minière (70 %) et la participation de l’État dans certains projets (20 %) illustre un déséquilibre de pouvoir décisionnel. Comparer la richesse géologique — haute teneur de Kamoa — et la précarité de la population locale met en évidence une dissociation entre ressources et bien-être. À mesure que les flux d’investissements internationaux se multiplient, les pratiques foncières, les garanties de consultation effective et les dispositifs de protection environnementale restent des éléments factuels à documenter et à suivre pour mesurer l’ampleur réelle des injustices subies par les communautés.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Stéphane Y.
Mis en ligne : 10/07/2026

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