Je lisais ce matin le communiqué du PDS appelant à voter « Non » au référendum constitutionnel, tout en accusant Ousmane Sonko de vouloir « provoquer une crise institutionnelle ». Une ironie amère : ce référendum, tant clamé par le Pastef, risque de ne jamais avoir lieu.
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Suite de l’article : Et si c’était le cas, tout ce tapage n’aura servi qu’à une chose : confirmer l’impuissance politique d’un parti divisé et l’inutilité d’une Assemblée nationale dont la dissolution semble désormais inévitable.
Le Sénégal traverse une période de tensions institutionnelles sans précédent. Le président Bassirou Diomaye Faye, élu sur des promesses de rupture avec l’ancien système, a décidé de soumettre à référendum les propositions de réforme constitutionnelle portées par le Pastef. Ces réformes, censées « rééquilibrer » les pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire, sont en réalité une tentative déguisée de redistribuer les cartes du pouvoir en faveur d’Ousmane Sonko, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale. Problème : Faye et Sonko, autrefois inséparables, sont désormais en guerre ouverte. Le limogeage de Sonko du poste de Premier ministre en mai 2026 a scellé leur rupture, et depuis, chaque camp joue sa partition, au mépris de l’intérêt général.
L’article du PDS révèle une vérité crue : personne ne croit en ce référendum. Le parti de Me Wade, loin d’être un simple opposant, incarne ici la voix de la raison. En appelant à voter « Non », il ne fait que souligner l’absurdité de la situation. Les réformes proposées par le Pastef ne sont pas le fruit d’un débat national apaisé, mais d’une stratégie de pouvoir : Sonko, après avoir plongé le pays dans une crise économique sans précédent, cherche désormais à verrouiller les institutions pour affaiblir Faye. Le PDS a raison de dénoncer un « coup de force contre les institutions ». Pourtant, le plus ironique reste à venir : ce référendum n’aura probablement jamais lieu.
Pourquoi ? Parce que Faye, en bon stratège, a déjà désamorcé la bombe. En annonçant qu’il soumettrait le texte à référendum, il a forcé Sonko à révéler son jeu : ce dernier, sûr de son fait, a immédiatement exigé la promulgation directe de la loi, arguant que l’Assemblée l’avait adoptée à une majorité qualifiée. Mais Faye, lui, sait une chose : un référendum, c’est long, coûteux, et surtout, risqué. Et si les Sénégalais suivaient l’appel du PDS ? Si le « Non » l’emportait, Sonko serait humilié, et Faye pourrait dissoudre l’Assemblée en toute légitimité. Un coup de maître.
Premièrement, les Sénégalais n’ont pas envie de jouer les figurants dans ce psychodrame. Les crises économiques, la précarité, le chômage : voici les vraies préoccupations du peuple. Pas une réforme constitutionnelle bricolée dans l’urgence par un parti en pleine implosion. Le PDS l’a compris : en appelant à voter « Non », il parle au nom de cette majorité silencieuse qui en a assez des querelles de pouvoir.
Deuxièmement, l’histoire nous montre que les référendums constitutionnels en Afrique de l’Ouest finissent souvent en fiasco ou en crise. Prenez le Burkina Faso en 2014, où la tentative de modification constitutionnelle a déclenché une insurrection populaire. Ou la Guinée, où Alpha Condé a tenté de s’accrocher au pouvoir via une réforme… avant d’être renversé. Au Sénégal, la tradition démocratique est plus solide, mais les leçons du passé sont claires : quand les réformes sentent le coup de force, le peuple résiste.
Enfin, et c’est là le plus cocasse, même Sonko ne croit pas en son propre référendum. S’il en était sûr, il n’aurait pas tenté de forcer la main à Faye en exigeant la promulgation immédiate. Il sait pertinemment que Faye a les moyens de bloquer le processus – ou de le transformer en plébiscite contre le Pastef. Dans ce cas, la Constitution restera intacte, et l’Assemblée nationale, discréditée, sera dissoute. Un scénario que beaucoup, y compris au PDS, appellent de leurs vœux.
Au Maroc, en 2011, le roi Mohammed VI a évité une crise majeure en consultant largement avant toute réforme constitutionnelle. Résultat : une transition pacifique. En Côte d’Ivoire, en revanche, les réformes constitutionnelles de 2016, perçues comme un moyen pour Alassane Ouattara de se maintenir au pouvoir, ont exacerbé les tensions. Le Sénégal, lui, semble condamné à répéter les erreurs des autres : des réformes imposées, sans consensus, et qui finissent en queue de poisson.
Alors oui, le PDS a raison de crier au « coup d’État institutionnel ». Mais la vraie nouvelle, c’est que tout ce bruit ne servira à rien. Le référendum n’aura pas lieu, ou alors il sera un désaveu cuisant pour le Pastef. La Constitution restera intacte, et Faye, en bon tacticien, attendra le bon moment pour dissoudre cette Assemblée ingouvernable.
Je le dis sans détour : le Sénégal mérite mieux que ce spectacle. Mieux que des réformes bricolées dans l’urgence. Mieux que des hommes politiques qui jouent avec les institutions comme avec des pions. Le peuple sénégalais a soif de stabilité, pas de crises en série. Et si, finalement, la meilleure des réformes était… celle qu’on ne fera pas ?
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 11/07/2026
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