Quand la misère transforme les sites aurifères en fosses - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 02/09/2026 05:09:00

Quand la misère transforme les sites aurifères en fosses

Je ne peux rester silencieux devant l’horreur qui vient de frapper Zamboï, près de Garoua-Boulaï, à la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine : plus d’une centaine de vies ensevelies parce que des hommes et des femmes creusaient pour survivre sans aucune protection.

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Suite de l’article : Je refuse que la misère rende des êtres humains jetables. Mon jugement est simple et sans fard : ce drame porte la marque des politiques sociales abandonnées, de l’appétit économique sans règle et du laxisme qui transforme des sites miniers en fosses communes.

Sur le terrain, la scène est connue et répétée. Des centaines d’orpailleurs travaillent dans des cratères instables, souvent sans casque, sans renforts de parois, sans règles d’évacuation. Le chiffre évoqué par les autorités, cent sept victimes extraites de la boue, donne une idée froide du bilan humain, mais il ne traduit pas la violence quotidienne de ces chantiers. La présence d’exploitations semi-industrielles aux côtés d’orpailleurs clandestins fragilise encore plus le sol : pompages, excavations massives, recours à des techniques non maîtrisées transforment le paysage et mettent des vies en péril. Les syndicats alertent depuis des années sur l’absence de contrôle et sur des accords informels qui laissent la sécurité de côté.

Je vois dans cette catastrophe la conséquence directe d’un échec politique. Quand l’État n’offre ni emploi durable ni protection sociale, la population se tourne vers l’or comme dernier recours. Quand les autorités tolèrent l’exploitation informelle et ferment les yeux sur les interconnexions entre sociétés étrangères et acteurs locaux, elles ouvrent la voie à l’exploitation économique. Les opérateurs qui profitent de l’activité savent qu’un travailleur clandestin vaut moins qu’une procédure administrative, et ils externalisent les risques plutôt que d’assumer des normes. La combinaison de pauvreté, d’impunité et de profits rapides produit des situations où la vie devient une variable d’ajustement.

Mes arguments sont simples mais implacables. D’abord, la sécurité ne s’improvise pas : elle exige des règles, des inspections et des sanctions quand elles ne sont pas respectées. Ensuite, l’économie extractive sans plan de développement social conduit au pillage des ressources humaines et naturelles. Enfin, la frontière est devenue un espace de passivité : flux migratoires, trafics et travail transfrontalier favorisent la clandestinité et rendent toute intervention plus difficile. Tous ces éléments se retrouvent dans la tragédie que je déplore aujourd’hui.

Je n’ignore pas la complexité politique et économique de la région, ni les responsabilités partagées entre communautés locales, entreprises et États voisins, mais je refuse l’alibi de la difficulté pour justifier l’inaction. Les témoignages d’orpailleurs qui prennent des risques mortels pour un espoir infime racontent une autre histoire : celle d’une société qui laisse ses citoyens au bord du gouffre. Les sols fragilisés par des pratiques industrielles et artisanales portent la trace de décisions prioritaires placées du côté du profit immédiat plutôt que du côté de la protection des vies.

Je termine en gardant l’image de ces personnes ensevelies comme une accusation. Ce massacre n’est pas un accident isolé : il est le reflet d’un choix collectif, celui de tolérer l’injustice et de banaliser le risque lorsque le gain est à portée de main. Je refuse que la disparition de vies humaines serve de variable d’ajustement pour des économies qui ne veulent pas investir dans la dignité. Les responsables politiques et économiques doivent entendre la désapprobation de ceux qui refusent cette logique mortifère.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 02/09/202
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