Je refuse de me taire quand une célébration religieuse devient une tribune électorale déguisée en sermon.
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Suite de l’article : J’ai vu, avec colère, une scène où la ferveur du Mawlid a servi de cadre à des règlements de comptes politiques, où un guide spirituel a choisi d’exposer ses alliances et ses rancœurs au milieu des fidèles. Ce geste ne relève pas d’une simple prise de position personnelle; il trahit la fonction morale et rassembleuse de la foi et transforme une assemblée pieuse en audience d’opportunités partisanes.
Le décor est simple et lourd de sens. Des milliers de croyants réunis pour célébrer la naissance du Prophète méritent des paroles qui apaisent et élèvent, pas des coups de théâtre politiques. Refuser de recevoir un leader politique sous prétexte d’un choix personnel, puis proclamer en public sa préférence pour un autre responsable, est une opération qui politise la sacralité du lieu. Les fidèles se retrouvent pris au centre d’un bras de fer qui n’a rien à voir avec leur dévotion. La foi devient instrument de communication, la mosquée ou la tribune sacrée se muent en estrade pour messages politiques.
J’analyse cette dérive comme le symptôme d’un malaise plus profond entre religion et pouvoir. Quand les responsables religieux acceptent de jouer le rôle de caution morale pour un camp, ils offrent une légitimité symbolique à des enjeux qui devraient rester profanes. Le risque est double: d’un côté, la division des communautés religieuses selon des lignes partisanes; de l’autre, une banalisation progressive des institutions spirituelles qui perdent ainsi leur crédit moral. Le politique triomphant dans un lieu de culte fragilise la confiance des citoyens qui attendent des guides spirituels une boussole éthique, pas un carnet d’adresses électoral.
Je soutiens que l’instrumentalisation de la foi alimente la défiance civique. Les fidèles qui assistent à de telles scènes se demandent pourquoi la parole sacrée sert à valider des alliances, à écarter des personnalités ou à célébrer des visites présidentielles. L’acte de saluer un chef d’État pour sa sollicitude et d’exclure un autre pour des motifs non religieux installe une hiérarchie morale factice. Cette hiérarchie se paie au prix de l’unité de la communauté et du respect dû aux espaces spirituels. Les citoyens sont alors tentés de réduire la religion à une variable politique, et la politique à un jeu d’apparences religieuses.
Pour renforcer mon point, je rappelle que la tradition religieuse sénégalaise a longtemps oscillé entre engagement social et neutralité politique, et que les frontières entre ces sphères doivent rester claires. Les visites et les émissaires entre élus et guides peuvent exister pour dialoguer sur des questions sociales, mais transformer une cérémonie en tribune de règlement est une perversion de cette relation. La répétition de tels épisodes finira par normaliser la confusion: la foi perdra sa voix critique, et la vie publique perdra sa dignité.
Je demande une remise en question immédiate des usages contemporains. Les responsables religieux doivent accepter la modestie de leur rôle moral et refuser d’être utilisés comme instruments de légitimation politique. Les hommes et les femmes politiques doivent comprendre que la conquête des consciences ne se fait pas à coups d’exclusions publiques dans des lieux sacrés. Les fidèles méritent des espaces de recueillement qui ne les divisent pas selon des calculs partisans.
Je termine sur cette certitude: permettre que la foi soit récupérée pour des manœuvres politiques, c’est accepter que l’espace public se délite sous nos yeux. Si l’on n’inverse pas cette tendance, nous perdrons à la fois la profondeur spirituelle des rassemblements religieux et la dignité nécessaire à la vie démocratique. Je refuse d’être spectateur de cette banalisation, et j’attends des acteurs concernés qu’ils redeviennent les garants d’une séparation respectueuse entre croyances et stratégies politiques.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 04/09/2026
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