Rufisque : Le grand ménage qui ne règle jamais le problème - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Environnement | Par Eva | Publié le 13/09/2026 11:09:30

Rufisque : Le grand ménage qui ne règle jamais le problème

Le préfet de Rufisque, Maguette Diouck, a lancé récemment une opération de désencombrement et de nettoiement sur le boulevard Maurice Guèye, entre la clinique Rada et la mosquée Toucouleur.

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Suite de l’article : La Préfecture l’a annoncé sur sa page Facebook en précisant que l’initiative vise à améliorer le cadre de vie des populations et à faciliter la fluidité de la circulation. Mais cette intervention rejoint une série d’actions répétées qui n’ont pas empêché la réoccupation rapide des espaces publics à Rufisque.

Des opérations semblables menées par des préfets précédents ont reçu des retours publics et une forte visibilité sur les réseaux sociaux, sans qu’un suivi durable ne soit installé.

La situation met en lumière plusieurs éléments factuels. Rufisque est décrite comme un épicentre de l’occupation anarchique de l’espace public dans la région de Dakar, avec des réoccupations des zones débarrassées quelques semaines ou quelques mois après les interventions. Les opérations mobilisent des agents, des véhicules et des ressources financières importantes, sans transformation pérenne du foncier urbain impliqué. Les autorités administratives successives ont mis en œuvre des déguerpissements conjoints de sensibilisation, de dialogue et d’intervention coercitive, selon des comptes rendus publics, mais les résultats demeurent temporaires.

Plusieurs mécanismes documentés expliquent cette fragilité. Des pratiques locales permettent la perception de taxes auprès d’occupants du domaine public, parfois dans des conditions contestables, ce qui crée des incitations financières à la tolérance de l’occupation. Des élus municipaux ont autorisé ou aménagé l’installation de cantines et d’autres emprises commerciales sur des terrains qui devraient rester libres, en invoquant le manque de ressources pour la gestion communale. Les collectivités territoriales, et en particulier les mairies, disposent des outils d’urbanisme et de contrôle nécessaires, mais leur usage varie fortement d’une commune à l’autre.

Le lien entre expulsions ponctuelles et complicité tacite des élus se lit dans la combinaison de gestes publics et d’arrangements locaux. Lorsque des emprises sont réutilisées malgré les opérations de nettoyage, la trace financière et politique de ces réutilisations persiste: perception d’argent, allocation d’espace à des proches, gestion informelle des places commerciales. Les opérations menées par l’ancien préfet Abdou Khadre Diop avaient été largement relayées pour leur méthode « alliant sensibilisation, dialogue et fermeté », mais l’enthousiasme médiatique n’a pas garanti la conservation des résultats sur le long terme.

La comparaison entre un nettoyage ponctuel et une politique de gestion de l’espace public illustre l’écart: les actions immédiates rétablissent temporairement la circulation, tandis que l’absence de contrôle administratif et la perméabilité des élus à des arrangements locaux favorisent la réinstallation des occupants. La seconde comparaison oppose Rufisque à des communes où des régulations foncières et des contrôles réguliers empêchent la réoccupation, ce qui montre que le problème n’est pas technique mais politique.

Des données complémentaires renforcent l’analyse factuelle: la répétition des opérations, l’absence de cadastre ou de surveillance continue sur certains emplacements, et le recours à des recettes informelles pour compenser des budgets municipaux insuffisants. Ces éléments convergent vers une logique de clientèle qui transforme l’espace public en ressource exploitée à court terme.

La synthèse factuelle impose une lecture sans concession: les expulsions ponctuelles révèlent des interactions entre gestion administrative, pratiques municipales et intérêts locaux qui empêchent la régularisation sérieuse et durable de l’espace public à Rufisque. Tant que le contrôle foncier, la transparence des recettes et la responsabilité des élus resteront insuffisants, les nettoyages se limiteront à des gestes visibles mais éphémères, et les habitants conserveront la charge des désordres urbains.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Penda K.
Mis en ligne : 13/09/2026

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