La scène se répète avec une obstination presque comique: après le passage des forces de l’ordre aux Mamelles, les tentes et les abris de fortune ont été démontés, puis, deux semaines plus tard, la vie a repris comme si rien ne s’était passé.
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Suite de l’article : La ville a offert un numéro d’autorité factice et les occupants ont remis en place ce que la gendarmerie avait arraché. Le verdict editorial est sévère: ces démantèlements à répétition échouent, gaspillent des moyens publics et n’apportent ni sécurité durable ni solution face à la misère.
Le constat de terrain est simple et cruel. Là où les abris ont été démontés, ils renaissent peu après. Ailleurs, comme à Colobane, les occupants se dispersent mais ne disparaissent pas, transformant l’intervention en un déplacement du problème plutôt qu’en sa résolution. Les services mobilisés reviennent, la dépense humaine et matérielle s’accumule, et le quartier reste fragile. Cette stratégie ressemble à un effort de façade qui rassure le regard mais n’affronte pas les causes. Certains observateurs parlent de « retour à la case départ » et le terme n’est pas usurpé.
Analyser l’échec réclame de regarder loin des images spectaculaires des opérations. Démanteler des abris sans proposer d’alternatives d’hébergement ou d’accompagnement social revient à remplir des seaux percés. La logique policière opère sur l’apparence; elle déplace les personnes et les problèmes sans réduire la précarité. Les missions répétées pompent des ressources : heures de gendarmerie, logistique, gardiennage, remises en état de l’espace public. Ces coûts ne se traduisent pas par une baisse de l’insécurité ou par une amélioration des conditions de vie des plus vulnérables.
Les arguments en faveur d’une autre méthode sont à la fois moraux et pratiques. Offrir des solutions d’hébergement, faciliter l’accès aux services sociaux et envisager des dispositifs de médiation de proximité seraient des investissements qui apaiseraient durablement les quartiers. Le maintien d’une politique de sanctions sans accompagnement social nourrit la défiance entre habitants et autorités, alimente des tensions et finit par coûter plus cher à la collectivité. Comparer ces opérations à un aspirateur qui repousse la poussière sous le tapis illustre bien l’inefficacité. Comparer la manœuvre à un feu de paille rend compte de son caractère spectaculaire mais éphémère.
Il est utile d’insister sur les conséquences concrètes : fragmentation des parcours de vie, exposition accrue aux intempéries pour des familles déjà fragiles, et fatigue des riverains qui subissent cycles et récidives. Les ressources déployées pourraient financer des accueils d’urgence, des rounds de coordination entre services sociaux et associations, ou des structures modulaires temporaires. Là où les démantèlements persistent comme unique réponse, la ville recycle l’urgence au lieu de la résoudre.
Le tableau final reste amer. En continuant ce théâtre des opérations sans stratégie alternative, les responsables confirment une politique courte et dépensière qui sacrifie la sécurité réelle des quartiers à l’illusion de l’ordre. Il faudra plus que des bulldozers et des interpellations pour transformer la précarité en solution durable; il faudra une volonté politique capable de convertir des moyens publics en réponses humaines et structurées. Sans cela, les Mamelles et Colobane continueront d’être les scènes d’un échec répété.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Talla S.
Mis en ligne : 15/09/2026
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