Le limogeage de 87 directeurs généraux et présidents de conseils d’administration par le président Bassirou Diomaye Faye n’apparaît pas comme une simple réorganisation : il sonne comme une purge dont l’auteur compromet l’indépendance des institutions publiques.
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Suite de l’article : La tonalité politique de l’opération fragilise la prétention à la méritocratie et instille le doute dans l’esprit des citoyens sur la finalité des nominations. La décision est donc condamnable au regard de l’intérêt général.
La vague de départs soulève d’abord une question simple et grave : selon quels critères ces responsables ont-ils été évalués ? La journaliste Fatou Abdou Ndiaye a résumé l’indignation en affirmant « On ne peut pas me dire que toutes ces 87 personnes limogées n’ont pas fait un excellent travail ». Ce rappel a du sens : remplacer massivement sans examen public des performances ressemble moins à une quête d’efficacité qu’à un réaménagement des loyautés. Quand la politique prime, les compétences reculent.
Les conséquences pratiques sont immédiates. La perte de mémoire institutionnelle affaiblit la continuité des projets, ralentit les procédures et entraîne des coûts de transition élevés. Les structures chargées de fournir des services essentiels perdent des cadres expérimentés, souvent remplacés par des profils choisis pour leur allégeance plutôt que pour leur expertise. La gouvernance devient alors une machine à récompenses partisanes, et les décisions stratégiques risquent d’être prises à court terme pour servir des intérêts politiques au lieu de répondre aux besoins des usagers.
La confiance, fragile, se fissure. Lorsque les citoyens voient les directions changer au gré des équilibres politiques, ils interprètent ces mouvements comme des signes de capture étatique. Le service public n’apparaît plus comme neutre et stable ; il devient un outil de pouvoir. La démobilisation des agents, la baisse de motivation et la fuite des talents vers le privé ou le secteur associatif suivent comme l’ombre suit le corps. Une administration vidée de son indépendance ressemble à un orchestre dont on aurait remplacé le chef d’un seul geste : le rythme se perd, la partition s’effondre.
Cette politisation des nominations n’est ni originale ni isolée, mais son ampleur attire l’attention. On peut comparer la manœuvre à la reconstruction d’un pont en pleine saison des pluies : entreprendre des changements radicaux alors que la circulation doit continuer, c’est prendre le risque d’un effondrement. On peut aussi la comparer à une entreprise qui licencie 70 % de sa direction pour réorienter sa stratégie : le message envoyé aux marchés et aux salariés est clair et rarement rassurant.
Les arguments en faveur d’une nomination appuyée sur la loyauté plutôt que sur le mérite peinent à convaincre. Oui, un exécutif veut s’entourer de personnes de confiance, mais confondre confiance et conformisme est dangereux. Une administration forte repose sur des procédures transparentes, des évaluations publiques et des garanties de non-interférence politique. Sans ces garde-fous, la promesse d’amélioration des services devient vite une rhétorique.
La réforme administrative exige de la méthode, pas de l’apparat. Révoquer massivement sans audits publics ni plan de remplacement crédible laisse croire que le seul critère a été l’appartenance politique. Le résultat est prévisible : affaiblissement des institutions, délitement de la confiance citoyenne et baisse de la qualité des services. Le pays mérite mieux qu’une opération de commutation des postes déguisée en modernisation.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Cheikh D.
Mis en ligne : 13/06/2026
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