Le PRES : Des objectifs ambitieux, mais des résultats qui déçoivent - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 19/09/2026 12:09:30

Le PRES : Des objectifs ambitieux, mais des résultats qui déçoivent

Le Plan de redressement économique et social (PRES), lancé par Ousmane Sonko lors de son passage au poste de Premier ministre, était censé être une bouffée d’oxygène pour les finances publiques du Sénégal.

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Suite de l’article : Pourtant, les chiffres du premier semestre 2026 sont accablants : 140,7 milliards de francs CFA mobilisés sur les 221,1 milliards attendus, soit un taux de réalisation de seulement 63,6 %. Un retard de 80,4 milliards de francs CFA qui pose une question lancinante : pourquoi les mesures fiscales et douanières annoncées avec tant de fanfare peinent-elles à produire les effets escomptés ?

Je ne peux m’empêcher de m’interroger : n’a-t-on pas mis la charrue avant les bœufs ? Annoncer des objectifs ambitieux est une chose, mais encore faut-il se donner les moyens concrets de les atteindre. Or, force est de constater que les mécanismes de contrôle, essentiels pour garantir le succès de ces mesures, n’étaient tout simplement pas opérationnels.

Le PRES a été conçu comme une réponse aux défis économiques et sociaux du Sénégal, avec pour objectif de mobiliser 762 milliards de francs CFA sur l’année. Parmi les leviers identifiés : la taxation des jeux de hasard, des exportations de minerais, des téléphones, et la fiscalité sur le mobile money. Des secteurs à fort potentiel, mais aussi complexes à superviser, comme le montrent les résultats du premier semestre.

Pourtant, les signes avant-coureurs étaient là. Dès le départ, des experts avaient souligné les risques liés à la mise en œuvre de ces mesures, notamment en raison de l’insuffisance des infrastructures de contrôle. Mais ces avertissements semblent avoir été ignorés, ou du moins sous-estimés.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Taxation des jeux de hasard : Une moins-value de 61,5 milliards de francs CFA, dont 56,4 milliards rien que pour les gains issus des jeux. Le ministère de l’Économie évoque des difficultés dans la supervision du secteur, un euphémisme pour désigner un système de contrôle défaillant.

Exportations de minerais : 13,3 milliards de francs CFA de moins que prévu, faute de mise en œuvre effective de la mesure.

Téléphones : L’absence d’une plateforme d’enregistrement et de suivi des numéros IMEI a favorisé la fraude, privant l’État de recettes essentielles.

Seul point positif : la fiscalité sur le mobile money, qui affiche une performance de 124,9 % par rapport aux prévisions. Mais même cette bonne nouvelle est à relativiser : elle repose en grande partie sur un versement exceptionnel de 32 milliards de francs CFA par une société émettrice de monnaie électronique. Sans ce coup de pouce, la rubrique aurait accusé une moins-value de 23,6 milliards. Une performance donc artificielle, qui ne reflète pas une amélioration structurelle.

Le PRES a été lancé avec des objectifs clairs, mais sans que les outils nécessaires à leur réalisation ne soient pleinement opérationnels. Comment espérer taxer efficacement les jeux de hasard ou les minerais si les mécanismes de suivi et de contrôle ne sont pas en place ? C’est comme construire une maison sans fondations : l’effondrement était prévisible.

L’absence de plateformes de suivi pour les téléphones ou les jeux de hasard a créé un terrain propice à la fraude. Les opérateurs ont pu contourner les règles, et l’État en paie aujourd’hui le prix. Pourtant, ces risques étaient connus. Pourquoi avoir attendu que les pertes s’accumulent pour agir ?

Le mobile money sauve partiellement la mise, mais une performance basée sur des recettes exceptionnelles n’est pas durable. Le Sénégal a besoin de mécanismes pérennes, pas de rustines temporaires. Sinon, à quoi bon fixer des objectifs annuels si l’on compte sur des coups de chance pour les atteindre ?

Cette situation rappelle celle d’autres pays africains qui ont lancé des réformes fiscales ambitieuses sans en assurer le suivi rigoureux. Au Ghana, par exemple, des mesures similaires sur les télécommunications ont échoué en raison de l’absence de systèmes de traçabilité efficaces. Résultat : des milliards de cedis perdus, et des objectifs jamais atteints.

En Côte d’Ivoire, la taxation des jeux en ligne a également connu des débuts chaotiques, avec des retards dans la mise en place des outils de contrôle. Les leçons sont claires : une réforme fiscale ne vaut que par sa capacité à être appliquée. Or, au Sénégal, on a l’impression que cette étape cruciale a été négligée.

Le PRES avait le mérite de l’ambition, mais l’ambition sans rigueur n’est qu’une illusion. Avec 80,4 milliards de francs CFA de retard au premier semestre, il est urgent de tirer les leçons de ces échecs. Les plateformes de contrôle annoncées pour les jeux, les téléphones et les minerais doivent entrer en fonction sans délai. Sinon, le Sénégal risque de voir s’envoler les 762 milliards de francs CFA attendus pour 2026.

Je le dis sans détour : fixer des objectifs, c’est bien ; se donner les moyens de les atteindre, c’est mieux. Le temps des annonces est passé. Place à l’action, avec lucidité et détermination. Car le Sénégal ne peut se permettre que des milliards annoncés restent simplement des milliards attendus.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 19/09/2026

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