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L’annonce du décès d’Astou Ba, adjointe au maire de Kaffrine, après plus de trois mois de coma consécutifs à un coup de pierre mortel lors d’une cérémonie scolaire, a plongé le Sénégal dans l’émoi et la consternation. Ce drame, survenu dans un contexte de tensions extrêmes entre partisans du maire Abdoulaye Saydou Sow et militants du parti Pastef, n’est pas un simple fait divers. Il révèle, hélas, l’ampleur des dérives d’une politisation à outrance, où le dialogue cède la place à la violence, et où les rivalités partisanes se règlent dans le sang. Je ne peux que dénoncer, avec la plus grande fermeté, cette escalade de la brutalité qui gangrène notre vie publique et menace la sécurité de chacun.
La perte d’Astou Ba n’est pas seulement une tragédie personnelle ; elle est le symptôme d’un mal bien plus profond, celui d’une démocratie sénégalaise en proie à des passions politiques débridées, au mépris des vies humaines.
Les faits sont accablants : fin décembre 2025, une cérémonie de remise de clés de salles de classe réhabilitées, censée célébrer l’éducation et l’espoir, a dégénéré en affrontements sanglants entre jeunes issus de camps opposés. Un simple différend scolaire, instrumentalisé par des logiques partisanes, a suffi à embraser les esprits et à transformer une journée de fête en scène de chaos. Astou Ba, présente en sa qualité d’élue, a payé le prix fort de cette folie collective, frappée à la tête par un projectile alors qu’elle tentait, selon les témoignages, de calmer les esprits. Son décès, après une agonie de plusieurs mois, doit nous interpelller tous : comment en est-on arrivé là ?
Le Sénégal, souvent cité en exemple pour sa stabilité démocratique, traverse depuis plusieurs années une période de tensions politiques récurrentes. Les affrontements entre militants, les violences lors des manifestations, et les règlements de comptes entre partis ne sont plus des exceptions, mais une triste routine. Entre 2021 et 2024, pas moins de 80 personnes ont perdu la vie dans des violences liées à des conflits politiques, et des dizaines d’autres ont été grièvement blessées. La politisation extrême de la société, l’instrumentalisation de la jeunesse, et l’impunité qui entoure trop souvent ces actes, ont créé un terreau fertile pour de tels drames. À Kaffrine, comme ailleurs, la logique du « tout politique » a pris le pas sur le respect de l’autre et sur la préservation de la paix sociale.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est l’absurdité de la violence. Un différend scolaire, une cérémonie officielle, des jeunes manipulés ou emportés par leur fervent militantisme : aucun de ces éléments ne justifie qu’une vie soit brisée. Pourtant, la dynamique est toujours la même : des leaders locaux ou nationaux attisent les braises, des militants s’affrontent, et ce sont les innocents qui trinquent. Astou Ba, enseignante engagée, mère de famille, élue dévouée à sa commune, est devenue la victime collatérale d’un système où la modération et le compromis ont disparu.
Les réactions à sa mort sont révélatrices : certains parlent d’« assassinat », d’autres de « acte barbare ». Mais au-delà des mots, c’est l’inaction des autorités et la banalisation de la violence qui choquent. Où sont les mesures concrètes pour désamorcer ces tensions ? Où est la volonté politique de sanctionner les responsables et de rétablir un climat de sérénité ? Les appels au calme et les condoléances, aussi sincères soient-ils, ne suffisent plus. Il est temps d’agir, avant que d’autres vies ne soient sacrifiées sur l’autel des ambitions partisanes.
Premièrement, la sécurité des citoyens, et notamment des élus locaux, doit être une priorité absolue. Comment accepter qu’une adjointe au maire, en mission officielle, soit ainsi exposée à des risques mortels ? Les cérémonies publiques doivent être sanctuarisées, protégées de toute récupération partisane. Deuxièmement, la justice doit jouer pleinement son rôle. Les auteurs de ces violences, qu’ils soient militants ou instigateurs, doivent répondre de leurs actes devant les tribunaux. Enfin, il est impératif de réinvestir dans le dialogue et l’éducation civique. La politique ne peut se réduire à une guerre de tranchées ; elle doit redevenir un espace de débat, de respect et de construction collective.
Le Sénégal n’est malheureusement pas un cas isolé. Dans d’autres pays africains, comme en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso, les violences post-électorales ou intercommunautaires ont montré à quel point la politisation extrême peut mener au chaos. Mais le Sénégal a toujours su se distinguer par sa tradition de paix et de tolérance. Il est encore temps de renverser la tendance, à condition que les responsables politiques, tous bords confondus, fassent preuve de responsabilité et de courage.
La mort d’Astou Ba doit servir d’électrochoc. Elle nous rappelle que la politique, quand elle se détache de l’éthique et du respect de l’autre, devient une machine à broyer des vies. Je lance un appel solennel à tous les acteurs politiques, aux autorités, et à la société civile : assez de violences, assez de discours de haine, assez d’impunité. Le Sénégal mérite mieux que cela. Rendons hommage à Astou Ba en faisant de sa disparition un tournant : celui d’un retour à la raison, au dialogue, et à une politique au service de la vie, et non de la mort.
La balle est dans le camp de ceux qui nous gouvernent. À eux de prouver qu’ils sont à la hauteur des attentes du peuple sénégalais, qui aspire avant tout à la paix et à la dignité. La mémoire d’Astou Ba, et celle de toutes les victimes de la violence politique, l’exige.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 21/02/2026
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