Le 10 février 2025, Mame Makhtar Guèye, responsable d’une organisation religieuse, a été entendu par la Brigade de Recherches de Keur Massar dans l’affaire d’un recensement présumé d’homosexuels, puis libéré après audition.
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Suite de l’article : Il a remis aux enquêteurs une liste et affirme avoir fourni « plus que la liste », évoquant des documents et des diplomates. L’audition s’est tenue à Dakar dans le cadre d’une délégation judiciaire visant à clarifier ces allégations.
Je refuse de rester passif face à cette mise à nu organisée. La divulgation publique, volontaire ou non, d’une prétendue liste d’homosexuels est une arme à feu braquée sur des vies privées. Elle ne relève pas du courage civique mais d’un spectacle dangereux qui alimente la haine et met des personnes en péril.
Cette opération intervient dans un climat social où l’homophobie peut se transformer rapidement en violences ciblées, et où la protection juridique des personnes LGBTQ+ reste fragile.
Je considère que la publication ou la transmission d’une liste qui identifie des personnes pour leur orientation sexuelle porte atteinte à la vie privée et à la sécurité physique des intéressés. D’abord, la vie privée n’est pas une donnée négociable dans une société qui se dit civilisée. Révéler des informations intimes sans le consentement des personnes, c’est les exposer à la discrimination au travail, au rejet familial et aux agressions de rue. Les exemples sont nombreux ailleurs: des campagnes de dévoilement en Pologne ou en Égypte ont dégénéré en lynchages médiatiques et en expulsions. Ici, le risque est le même et il est immédiat.
Ensuite, l’argument de la moralité publique utilisé pour justifier ce type d’action est fallacieux. Traiter des identités comme des ennemis à dénoncer transforme l’espace public en tribunal populaire. J’ai vu des communautés se fracturer pour des listes, et des carrières brisées du jour au lendemain. Comparer la diffusion de ces listes à la publication de fichiers financiers ou à la divulgation d’adresses sensibles n’est pas exagéré: toutes ces fuites peuvent entraîner des préjudices concrets, parfois irréversibles.
De plus, la sécurité des personnes listées n’est pas une abstraction. Dans un pays où les réponses policières peuvent être lentes et où les préjugés sont tenaces, divulguer des noms, des adresses ou des liens supposés avec des diplomates équivaut à livrer des cibles à des bataillons d’intimidation. La violence verbale précède souvent la violence physique; la stigmatisation patiente finit par légitimer l’agression. J’estime que la responsabilité de qui diffuse ces données est directe et lourde.
La protection des sources et des témoins repose sur des principes simples: respecter le secret, vérifier l’origine des informations, évaluer le risque pour les personnes concernées. Ici, la méthode semble l’inverse: divulgation rapide, mise en scène publique, insinuations sur des soutiens diplomatiques. Cela alimente des complots imaginaires et attise la chasse aux sorcières. Les institutions qui participent, même indirectement, à cette exposition doivent être interrogées sur leur éthique et sur les conséquences humaines de leurs actes.
Un autre point que je veux souligner est juridique: la publication de renseignements privés sans consentement peut engager des responsabilités pénales et civiles. Au-delà de la loi, il y a l’obligation morale de ne pas transformer des vies en trophées d’un combat idéologique. Quand on balance des listes, on répand une pluie acide qui ronge la confiance sociale.
Des études sur la stigmatisation montrent que les personnes LGBTQ+ exposées subissent davantage de troubles anxieux, de violences domestiques et d’accès limité aux soins. Les ONG internationales documentent des cas où la divulgation a conduit à des pertes d’emploi, à des expulsions et à des agressions physiques. Ces chiffres ne sont pas des abstractions: ce sont des existences menacées.
Je dis non à la mise à nu publique des identités sexuelles comme instrument politique ou religieux. J’oppose la dignité individuelle à la tentation de la dénonciation systématique. Ceux qui manipulent des listes jouent avec des vies; ils attisent la stigmatisation et ouvrent la porte aux violences. Je demande que la société protège les personnes vulnérables, que les autorités évaluent les risques avant toute divulgation et que la morale publique ne devienne pas un alibi pour la persécution. Le respect de la vie privée n’est pas une faveur à accorder, mais la condition minimale d’une coexistence humaine.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 23/04/2026
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