Mardi, des habitants de Cité Soleil, à Port‑au‑Prince, ont manifesté pour réclamer la protection du gouvernement après des affrontements qui ont forcé des centaines de personnes à fuir leurs maisons ce week‑end.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Les violences ont débuté dimanche en fin d’après‑midi, provoquant incendies de véhicules, morts et séparations familiales. Médecins Sans Frontières a évacué son hôpital de Cité Soleil après ces épisodes.
Les scènes décrites par des résidents sont brutales et immédiates: routes obstruées par des voitures brûlées, corps d’animaux, familles en errance. Lorgue Dorsaint, qui cherche des proches depuis dimanche, a déclaré: « Je ne sais pas où sont mes enfants. J’ai entendu dire qu’ils avaient été tués. J’ai le cœur serré. Je ne sais rien. » Michel‑Ange Toussaint, revenue brièvement pour récupérer des vêtements, a affirmé connaître « sept personnes… tuées » et d’autres blessées par balle.
Ces éléments s’inscrivent dans un cadre plus large de défaillance sécuritaire. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti n’a pas de président et les gangs ont accru leur emprise: ils contrôlent plus de 90 % de Port‑au‑Prince selon les constats rapportés. Les activités criminelles se sont diversifiées et étendues à la campagne, avec pillages, enlèvements et violences sexuelles signalés par les autorités et organisations humanitaires.
Le retrait des services essentiels est tangible: l’évacuation de l’hôpital de Médecins Sans Frontières illustre l’impossibilité d’assurer un continuum de soins en zone urbaine. Les autorités n’ont pas rendu public de bilan officiel après les affrontements récents, ce qui accroît l’incertitude sur l’étendue des victimes et sur la capacité de l’État à collecter et diffuser des informations de base. Des habitants rapportent des séparations familiales massives et des déplacements improvisés depuis dimanche soir.
Sur le plan international, une force multinationale rattachée à l’ONU a commencé à arriver en avril, mais l’effectif autorisé par le Conseil de sécurité en septembre, de 5 550 personnes, n’est pas encore entièrement déployé. Des soldats tchadiens ont été déployés en nombre indéterminé jusqu’à présent. Ce décalage entre autorisation et déploiement crée un vide opérationnel pendant lequel les populations urbaines restent exposées.
Les flux humains confirment une crise prolongée: l’Organisation internationale pour les migrations a estimé que la violence des gangs avait déplacé plus de 1,4 million de personnes en Haïti, dont environ 200 000 vivent maintenant dans des sites surpeuplés à Port‑au‑Prince. Ces chiffres mettent en regard la taille proposée de la force internationale et l’ampleur du terrain à sécuriser, révélant un déséquilibre entre besoins et capacités opérationnelles.
En examinant les faits, plusieurs failles récurrentes apparaissent: effondrement du leadership politique national après juillet 2021, incapacité déclarée des forces de sécurité à reprendre le contrôle de quartiers entiers, évacuation des structures médicales essentielles et lenteur du déploiement international. Comparé à l’ampleur des zones sous influence des gangs, le nombre de troupes autorisées paraît limité et leur arrivée insuffisante pour restaurer une présence étatique continue.
La somme des éléments factuels soulève des questions pratiques et logistiques: comment recenser rapidement les victimes sans bilan officiel? Comment protéger des civils quand des hôpitaux doivent évacuer? Comment réduire les déplacements internes quand les sites d’accueil sont déjà surpeuplés? Les réponses demandent des mesures opérationnelles précises que les faits actuels montrent absentes ou tardives.
La situation à Cité Soleil traduit une crise sécuritaire qui dépasse des incidents ponctuels et révèle des lacunes persistantes dans la protection des populations et la capacité de l’État à assurer l’ordre public. Les chiffres de déplacement, l’absence de bilan officiel et l’intervention partielle des forces internationales constituent des éléments concrets qu’il faudra intégrer dans toute évaluation sérieuse de la trajectoire de la sécurité à Port‑au‑Prince.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : François D.
Mis en ligne : 17/05/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





