Dans une interview accordée à L’Observateur le 12 mai 2026, Abdou Mbow, responsable de l’Alliance pour la République (APR) et membre du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, dénonce un « bras de fer politique » et une « crise institutionnelle » entre le Président Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko.
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Suite de l’article : Si ses propos peuvent sembler alarmistes, ils sonnent surtout comme une tentative de récupération politique. En effet, comment prendre au sérieux les inquiétudes d’un homme qui a longtemps soutenu un système accusé d’avoir fragilisé la démocratie sénégalaise ?
Le Sénégal traverse une période de tensions entre l’exécutif et le législatif, illustrée par des désaccords publics, comme la deuxième lecture de la loi modifiant le Code électoral. Diomaye Faye a justifié cette relecture par la nécessité de corriger une « erreur matérielle », mais pour Mbow, cela révèle un « désaccord ouvert » entre les institutions. Pourtant, cette crise n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large, où les institutions sénégalaises ont souvent été instrumentalisées pour servir des intérêts partisans, notamment sous les présidences Wade et Sall.
Abdou Mbow, figure de proue de l’APR et proche de Macky Sall, a été un acteur clé de cette période. Son parti a longtemps bénéficié d’un Parlement inféodé à l’exécutif, où les contre-pouvoirs étaient réduits à leur plus simple expression. Aujourd’hui, alors que le Sénégal tente de tourner la page, Mbow semble découvrir les vertus de l’équilibre institutionnel. Une prise de conscience bien tardive, qui interroge sur sa sincérité.
Mbow accuse Diomaye Faye et Ousmane Sonko de « clochardiser » les institutions et de plonger le Sénégal dans le chaos. Pourtant, c’est sous le régime de Macky Sall – qu’il a activement soutenu – que le Parlement a été réduit à un rôle de chambre d’enregistrement, où les lois étaient adoptées sans véritable débat. La crise actuelle, si crise il y a, est aussi le résultat de décennies de pratiques politiques où l’opposition était systématiquement muselée et les institutions vidées de leur substance.
Comparons cette situation à d’autres contextes africains ou internationaux. En France, par exemple, les tensions entre un Président et un Premier ministre de bords opposés (cohabitation) ont souvent été gérées par un respect strict des rôles constitutionnels. Au Sénégal, en revanche, l’absence de culture de contre-pouvoirs a permis à l’exécutif de dominer sans partage, avec la bénédiction de figures comme Mbow. Aujourd’hui, face à un exécutif divisé, ce dernier semble redouter que le pays ne devienne « la risée du monde ». Une ironie amère, quand on sait que c’est précisément l’affaiblissement des institutions sous son propre camp qui a ouvert la voie à l’instabilité actuelle.
Mbow évoque un « régime fasciste » et une économie « déstructurée » par l’incompétence de Diomaye et Sonko. Pourtant, les difficultés économiques du Sénégal sont le résultat de politiques de long terme, où les dettes accumulées et les réformes inabouties sous l’ère Sall ont joué un rôle majeur. Quant à l’accusation de fascisme, elle semble disproportionnée : le Sénégal reste un pays où la liberté d’expression et la contestation politique, bien que sous pression, sont encore bien plus vivaces que dans de nombreux autres États africains.
Son alarmisme sonne donc comme une stratégie pour discréditer le nouveau pouvoir, plutôt que comme une réelle préoccupation pour l’intérêt général. Plutôt que de parler de « crise institutionnelle », Mbow ferait mieux d’assumer le bilan du régime qu’il a défendu pendant des années.
Abdou Mbow a raison sur un point : le Sénégal traverse une période de tensions institutionnelles. Mais ces tensions sont le symptôme d’un mal plus profond, celui d’un système où les institutions ont trop souvent été au service du pouvoir, plutôt que l’inverse. En pointant du doigt Diomaye Faye et Ousmane Sonko, Mbow oublie un peu vite son propre rôle dans la construction de ce système.
Si lui et ses alliés veulent vraiment défendre les institutions, qu’ils commencent par reconnaître leurs propres responsabilités. La crédibilité de leurs critiques en dépend. Sinon, leurs déclarations ne seront perçues que comme ce qu’elles sont : une tentative désespérée de rester pertinent dans un paysage politique qui les a dépassés.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 24/05/2026
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