Rapatriements massifs après violences : L'État suit la rue - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 17/06/2026 04:06:30

Rapatriements massifs après violences : L'État suit la rue

Le président Cyril Ramaphosa a annoncé un durcissement de la lutte contre l’immigration clandestine et, dans la semaine qui a suivi son intervention, les autorités sud‑africaines ont rapatrié 2 745 ressortissants étrangers, a déclaré dimanche le ministre de l’Intérieur Leon Schreiber.

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Suite de l’article : Les opérations ont visé des personnes originaires du Malawi, du Nigeria, du Ghana, du Zimbabwe et du Mozambique, après des épisodes récents de violences et de pillages contre des étrangers.

Le pays connaît un chômage supérieur à 30 % et des groupes de Sud‑Africains armés de bâtons, de fouets et de boucliers ont exigé que les étrangers sans titre de séjour quittent le territoire avant le 30 juin. Des rassemblements de migrants, notamment environ 7 000 Malawites dans un terrain vague de Durban, ont été au centre des opérations de rapatriement.

La décision d’organiser et d’accélérer des rapatriements a pris la forme de convois et d’autocars: le gouvernement malawite a fourni huit bus pour ses ressortissants et l’Afrique du Sud dix bus supplémentaires. Le ministre a précisé: « Jusqu’à hier soir, nous pouvons confirmer que 2.745 rapatriements ont eu lieu depuis l’intervention du président. » Parmi les rapatriés figuraient des familles ayant emporté quelques effets personnels; une jeune femme malawite a déclaré: « Je suis soulagée de partir enfin. C’est mieux que de vivre dans la peur ici. »

Les faits documentés posent plusieurs questions précises. D’une part, les retours se sont intensifiés après des marches et des attaques ciblées, dont une manifestation le 29 mai à Mossel Bay qui a entraîné la mort de deux Mozambicains selon les autorités locales, tandis que Maputo a évoqué cinq décès. D’autre part, les responsables indiquent que la majorité des personnes rapatriées se trouvaient en situation irrégulière, tandis que l’agence nationale de statistiques estime à plus de trois millions le nombre d’étrangers vivant en Afrique du Sud, soit 5,1 % de la population.

La chronologie est lourde de sens: des revendications de groupes armés, une date butoir posée publiquement, puis des rapatriements organisés par l’État. Ce schéma rapproche l’action gouvernementale d’une réponse conforme aux exigences des manifestants plutôt que d’une application stricte et indépendante du droit pénal et de l’immigration. En d’autres termes, la force publique a participé à l’exécution d’une solution qui correspondait aux attentes d’acteurs non étatiques, ce qui risque d’envoyer un signal de tolérance à l’égard du vigilantisme.

Plusieurs éléments factuels appuient ce risque. Des épisodes de pillages et d’attaques ont précédé les retours; des foules ont imposé des délais et des expulsions; les rapatriements ont été présentés comme une mesure d’urgence pour la sécurité publique. Comparer cette situation aux flambées xénophobes de 2008 en Afrique du Sud rappelle que des expulsions de fait et des violences collectives peuvent dégénérer quand la protection judiciaire et les enquêtes font défaut. Comparer, aussi, la décision d’utiliser des bus nationaux pour rapatrier des individus au rôle attendu des forces de l’ordre met en lumière une substitution des procédures judiciaires par des réponses administratives rapides.

Les données disponibles montrent des fragilités institutionnelles: menace publique, pressions locales et nombre élevé d’étrangers exposés à des violences. Le fait que des gouvernements étrangers aient dû organiser des retours volontaires, parfois avec l’aide technique de Pretoria, illustre une gestion par flux plutôt que par traitement individuel des infractions ou par protection des victimes. Les chiffres bruts ne disent pas si des enquêtes policières indépendantes sont menées contre les auteurs d’agressions ni si des garanties juridiques sont offertes aux personnes rapatriées.

La posture officielle, qui promet de ne pas tolérer que des citoyens se substituent à la justice, coexiste avec des décisions qui semblent répondre aux pressions de la rue. Ce déséquilibre factuel ouvre la porte à une normalisation du recours à la force communautaire pour résoudre des problèmes sociaux, au risque d’encourager de nouvelles attaques contre des étrangers tant que la procédure judiciaire ne reprend pas le dessus et que la prévention n’est pas renforcée.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Jean Paul.
Mis en ligne : 17/06/2026

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