Je suis convaincu que la présence militaire russe au Mali ne calme pas la violence mais l’alimente, en prolongeant une logique de force qui évince toute perspective politique.
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Suite de l’article : Ce constat s’impose dès que l’on observe les faits sur le terrain et la nature des alliances nouées par la junte malienne: l’arrivée de forces paramilitaires a transformé un conflit déjà complexe en une guerre par procuration dont les civils paient le prix.
Depuis 2020, le soutien russe a consolidé la junte plutôt que l’État de droit, et la logique sécuritaire a pris le pas sur la recherche d’un compromis national. Les combats récents, la prise de certaines villes du nord et les retraits tactiques des paramilitaires montrent qu’aucune solution militaire n’achève durablement un soulèvement enraciné dans des revendications politiques et identitaires. Le porte-parole du Kremlin a affirmé que « la Russie poursuivra, y compris au Mali, la lutte contre l’extrémisme, le terrorisme et autres manifestations négatives », mais la réalité locale révèle autre chose: la présence étrangère fournit des prétextes aux groupes insurgés pour se radicaliser et pour justifier leurs attaques contre tout ce qui est perçu comme une occupation.
L’appui russe fragilise encore la légitimité des autorités maliennes aux yeux d’une partie de la population. Quand des citoyens voient des opérations menées par des contingents étrangers, le ressentiment augmente et le cycle de violences se nourrit de représailles et de recrutements locaux. Les rapports faisant état d’affrontements entre paramilitaires et groupes touaregs illustrent ce point: les conflits sont moins des réponses à des menaces externes que des confrontations pour le contrôle des territoires et des routes. J’ai vu trop de situations où une logique opérationnelle remplace une politique de réconciliation, et le Mali glisse vers un Etat fragmenté.
Comparer la présence russe à celle des forces françaises chassées en 2022 aide à comprendre le basculement: le retrait des forces françaises n’a pas fait baisser les tensions, et leur remplacement par des acteurs pro-russes n’a pas apporté de progrès politique. De même, la manière dont des groupes paramilitaires sont intervenus dans la région rappelle ce que l’on a observé dans la République centrafricaine, où l’influence de mercenaires a consolidé des régimes sans résoudre les causes profondes des violences. Ces deux comparaisons montrent que la solution militaire importée ne crée pas de stabilité durable.
Sur le plan humanitaire, la population civile devient une variable d’ajustement: déplacements massifs, restrictions d’accès à l’aide et risques accrus d’abus sont la conséquence directe d’une militarisation extérieure. Sans processus politique inclusif, les engagements militaires restent ponctuels et souvent contre-productifs. Les combattants qui revendiquent l’Azawad ou qui s’allient avec des groupes djihadistes exploitent cet état de fait pour présenter la contestation comme une lutte légitime contre une occupation.
La leçon est amère mais simple: renforcer la présence militaire russe ne remplace pas le dialogue, et il n’apaise ni les tensions communautaires ni les fractures institutionnelles. J’estime que tant que les solutions politiques resteront absentes, la population malienne continuera à subir des violences accrues et l’instabilité perdurera. Il faudra un véritable compromis domestique, pas seulement des renforts étrangers, pour qu’un avenir pacifié devienne envisageable.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 13/05/2026
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