Le 2 avril 2026, l’État du Sénégal a signé avec DAMEN HOLDING B.V un contrat de partenariat public-privé attribué pour vingt ans visant la reprise, la réhabilitation, l’exploitation et la maintenance des chantiers navals de Dakar, a indiqué Babacar Faye, directeur général de la Société des Infrastructures de Réparation Navale.
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Suite de l’article : Le dossier précisait que seules deux offres finales avaient été reçues, DAMEN et JOBSON ITALIA SRL, et que le montage financier reposait sur un « principe de paiement par les usagers ».
L’appel d’offres international avait préqualifié cinq candidats avant de retenir deux soumissionnaires en phase finale, et les autorités ont annoncé que les détails du contrat seraient publiés sur les plateformes du régulateur ou de l’UNAPPP.
La durée longue du contrat, l’absence apparente de contrepartie financière de l’État et la désignation d’un opérateur étranger invitent à un examen factuel des garanties prévues pour la souveraineté, le contrôle public et le transfert de compétences. Le choix d’un acteur international répond à un objectif de modernisation des infrastructures, mais il crée des points d’interrogation sur la capacité de l’État à conserver une maîtrise stratégique sur un site industriel clé.
Sur le plan du contrôle public, un contrat de vingt ans peut limiter la marge de manœuvre des autorités pour adapter les règles et les usages face à des évolutions économiques ou géopolitiques. Le modèle « paiement par les usagers » signifie que l’État n’assume pas de versement direct au partenaire, ce qui allège le budget public mais réduit aussi les instruments financiers susceptibles d’être conditionnés à des clauses de contrôle ou de performance publique. Le document officiel indique que les détails seront rendus publics, ce qui reste une condition nécessaire pour vérifier l’insertion de garanties de contrôle, de clauses d’audit et de sanctions en cas de manquement.
La question du transfert réel de compétences nationales est centrale. Le fait que deux offres seulement aient été déposées à l’étape finale réduit le levier concurrentiel qui pourrait imposer des engagements robustes en matière de formation, de contenu local et de co-entreprises avec des opérateurs sénégalais. Sans clauses contractuelles exigeant des programmes de formation, des transferts technologiques certifiés et des seuils d’emploi local, la gestion par un groupe étranger risque d’enfermer le pays dans une dépendance technique et opérationnelle.
Des mécanismes de sauvegarde existent dans d’autres formes de partenariat: participation publique au capital, droits de veto sur les décisions stratégiques, obligations formelles de transfert de savoir-faire et audits indépendants. La communication officielle évoque la transparence des documents, mais les éléments publics à ce stade restent limités à la durée, au nom du concessionnaire et au principe de rémunération par les usagers. Cela ne permet pas d’évaluer l’étendue des garanties de souveraineté ni la robustesse des contrôles prévus.
La comparaison avec d’autres concessions montre que l’efficacité opérationnelle promise par un opérateur expérimenté ne se traduit pas automatiquement par un renforcement des capacités nationales. Un partenariat fermé sur vingt ans peut être plus difficile à renégocier qu’une solution comportant paliers, revues périodiques et clauses de montée en compétence.
En l’absence de publication complète du contrat, les données disponibles confirment trois faits tangibles: durée de vingt ans, attribution à DAMEN HOLDING B.V, et rémunération par les usagers. Ces éléments justifient une vigilance factuelle sur la protection de la souveraineté industrielle, sur les mécanismes de contrôle public effectifs et sur l’existence de garanties concrètes pour le transfert de compétences vers les acteurs sénégalais. Sans ces vérifications, le choix opéré soulève des questions structurelles sur l’équilibre entre efficacité opérationnelle et préservation d’intérêts nationaux.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Maimouna N.
Mis en ligne : 11/05/2026
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