Dans une intervention remarquée au Parlement de la CEDEAO, le député sénégalais Guy Marius Sagna a sonné l’alarme : « Si le Mali brûle, nous brûlerons tous ».
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Suite de l’article : Son discours, aussi percutant que nécessaire, met en lumière les failles criantes d’une organisation régionale en proie à l’immobilisme et à l’absence de solidarité. Je ne peux que partager son inquiétude, car les crises énergétiques récurrentes, l’escalade terroriste au Sahel et les violences xénophobes en Afrique du Sud révèlent une vérité amère : la CEDEAO, aujourd’hui, est plus un théâtre de déclarations qu’un rempart contre les menaces existentielles.
La CEDEAO traverse une période charnière. Depuis 2021, les crises énergétiques se multiplient, avec des pénuries d’électricité en Côte d’Ivoire, au Sénégal et ailleurs, souvent liées à des défaillances structurelles et à une dépendance excessive aux importations.
Pendant ce temps, le Sahel s’enfoncerait dans le chaos : les attaques terroristes au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont fait plus de 130 morts en février 2026 rien qu’au Mali, selon l’ONG ACLED. Pire, ces trois pays ont choisi de quitter la CEDEAO, accusant l’organisation de servir les intérêts occidentaux plutôt que de proposer des solutions concrètes. Enfin, les violences xénophobes en Afrique du Sud, ciblant des ressortissants ghanéens, nigérians ou mozambicains, ont poussé le Ghana à saisir l’Union africaine, révélant l’incapacité de la CEDEAO à protéger ses propres citoyens.
Guy Marius Sagna a raison de souligner que les frontières coloniales ne protégeront personne. Pourtant, la CEDEAO semble réagir plutôt qu’agir. Les crises énergétiques, par exemple, sont traitées comme des épisodes isolés, alors qu’elles révèlent un manque criant d’investissements dans les infrastructures et une gouvernance défaillante. Au Sahel, l’organisation a imposé des sanctions économiques aux juntes militaires, mais sans offrir d’alternative crédible pour lutter contre le terrorisme. Résultat : les régimes de Bamako, Ouagadougou et Niamey se tournent vers la Russie ou l’Alliance des États du Sahel (AES), affaiblissant encore la cohésion régionale.
Quant à la xénophobie en Afrique du Sud, la réaction de la CEDEAO se limite à des condamnations verbales. Pourtant, comme le rappelle Sagna, l’Afrique de l’Ouest a soutenu l’Afrique du Sud pendant l’apartheid. Où est la réciprocité aujourd’hui ?
Les pénuries d’électricité en 2021, 2024 et 2026 montrent que les États membres ne partagent pas assez d’informations ni de ressources. Une souveraineté énergétique commune est indispensable, mais elle exige une volonté politique absente à ce jour.
La CEDEAO a échoué à endiguer la menace djihadiste. Les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont été sanctionnés, mais sans proposition concrète pour restaurer la stabilité. Les régimes militaires, lassés, ont créé l’AES, prouvant que la CEDEAO n’est plus perçue comme un partenaire fiable.
Face aux violences xénophobes, la CEDEAO n’a pas su mobiliser ses membres pour une réponse unie. Le Ghana a agi seul, saisissant l’UA. Où est la voix collective de l’Afrique de l’Ouest ?
L’Union européenne (UE) a su, malgré ses divisions, mettre en place des mécanismes de solidarité énergétique et migratoire. La CEDEAO, elle, se contenterait de déclarations. Pire, elle reproduit les erreurs de l’UA, souvent critiquée pour son manque de réactivité. Au Sahel, comme en Afrique du Sud, l’absence de mécanismes contraignants permet aux crises de s’envenimer.
Je ne peux que souscrire au diagnostic de Guy Marius Sagna : la CEDEAO est à la croisée des chemins. Soit elle se réforme en profondeur — transparence énergétique, stratégie sécuritaire commune, solidarité effective — soit elle risque de devenir un simple spectateur de l’effondrement régional. Les mots de Sagna ne sont pas une exagération, mais un constat lucide. Si le Mali brûle, c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui sera consumée par les flammes de l’instabilité, de la pauvreté et de la division.
La question n’est plus de savoir si la CEDEAO doit agir, mais quand elle comprendra qu’il est déjà trop tard pour tergiverser.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 20/05/2026
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