Dans un article récemment publié, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a catégoriquement rejeté toute idée de surendettement du Sénégal depuis l’alternance de 2024. Devant les députés, il a parlé de “gestion rigoureuse” et de réformes en cours, allant jusqu’à qualifier certaines accusations d’« archi-faux ».
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Suite de l’article : Pour ma part, je choisis d’aborder cette sortie avec un parti pris négatif, mais dans un esprit de respect : je m’interroge sur l’écart grandissant entre les discours de rassurance et les inquiétudes réelles autour de la soutenabilité de la dette publique.
Le ministre évoque une dette publique avoisinant les 24 000 milliards de FCFA, soit environ 119 % du PIB pour l’État central, et jusqu’à 132 % en incluant les établissements publics. Ces chiffres, loin d’être anodins, placent le Sénégal dans une zone de forte vulnérabilité budgétaire.
Dans le même temps, le pays doit honorer plus de 4 300 milliards de FCFA de service de la dette cette année, selon les déclarations officielles. Autrement dit, une part considérable des ressources nationales est déjà absorbée par le remboursement des engagements passés, réduisant mécaniquement les marges de manœuvre pour les politiques publiques.
Je constate ici un paradoxe : plus les autorités insistent sur la “maîtrise” de la situation, plus la perception d’inquiétude grandit dans l’opinion.
Le démenti de Cheikh Diba sur un éventuel surendettement depuis 2024 peut être interprété comme une stratégie de communication visant à rassurer les marchés et les citoyens. Pourtant, les chiffres avancés eux-mêmes révèlent une réalité lourde : un niveau d’endettement élevé et des obligations de remboursement massives.
L’argument du “stock hérité des régimes précédents” est certes recevable, mais il ne suffit pas à dissiper les interrogations sur la trajectoire actuelle. Car au-delà de l’héritage, la question centrale reste la suivante : la dynamique actuelle permet-elle réellement d’inverser la tendance ?
Premièrement, je considère que la communication gouvernementale repose trop sur la notion de “gestion maîtrisée” sans indicateurs suffisamment visibles de redressement structurel à court terme.
Deuxièmement, les stratégies de reprofilage de la dette, bien qu’utiles techniquement, peuvent parfois donner une illusion de soulagement sans réduire le stock global. Allonger les maturités n’efface pas la dette : cela la déplace dans le temps.
Troisièmement, dans plusieurs pays à situation comparable, notamment en Afrique de l’Ouest, des politiques similaires de restructuration ont souvent été suivies de nouvelles phases d’endettement, faute de croissance suffisamment robuste pour absorber la charge financière. Cela nourrit naturellement une prudence légitime.
Enfin, je constate un manque de transparence pédagogique dans le débat public. Les chiffres sont annoncés, mais leur compréhension reste difficile pour le grand public, ce qui alimente les suspicions plutôt que la confiance.
Des pays comme le Ghana ou la Zambie ont récemment traversé des crises de dette similaires, avec des niveaux dépassant également les 100 % du PIB. Dans ces cas, les mécanismes de reprofilage et de restructuration ont été nécessaires, mais souvent tardifs, après une perte de confiance des marchés.
Le Sénégal, qui s’est longtemps distingué par sa stabilité macroéconomique, se retrouve aujourd’hui dans une zone où la vigilance devient indispensable. La comparaison n’est pas alarmiste, mais elle invite à ne pas banaliser les signaux d’alerte.
Au final, je prends acte des explications du ministre Cheikh Diba et de sa volonté affichée de rassurer. Toutefois, je reste réservé face à une communication qui semble davantage chercher à éteindre la polémique qu’à démontrer une véritable inflexion durable de la trajectoire de la dette.
Mon coup de gueule est donc simple, mais ferme : on ne peut pas seulement dire que la situation est sous contrôle, il faut le prouver durablement par des résultats tangibles, visibles et mesurables. Dans le cas contraire, le débat sur le surendettement continuera de hanter le discours public, malgré tous les démentis officiels.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 31/05/2026
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