Cumul des mandats en Afrique : Le clientélisme au pouvoir - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 06/08/2026 09:08:00

Cumul des mandats en Afrique : Le clientélisme au pouvoir

En 2017, la France a interdit le cumul entre mandat parlementaire et fonction exécutive locale. Au Togo, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, la législation permet encore à un député de diriger une commune.

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suite de l’article : À Bouaké, Amadou Koné, ministre des Transports depuis 2017 et député depuis 2021, a été élu maire en septembre 2023 avec près de 80 % des suffrages.

Cette configuration s’inscrit dans des processus de décentralisation récents où les ressources publiques restent limitées et les décisions souvent centralisées. Les législateurs qui maintiennent le cumul invoquent la capacité des élus nationaux à faire remonter les besoins locaux et à obtenir des financements.

L’examen factuel des premières mandatures communales d’Afrique de l’Ouest met en lumière des mécanismes concrets. À Amou-Oblo, au Togo, le maire Meyebine Esso Gnassingbé, député depuis 2018 et élu local en 2019 puis reconduit en 2025, a piloté la construction d’un hôpital régional mère-enfant, la réalisation ou la réhabilitation de 50 kilomètres de routes, l’extension du réseau électrique et l’installation d’environ 500 lampadaires solaires. Le financement de certains chantiers a été assuré par des programmes nationaux : le programme d’électrification CIZO, des subventions ministérielles pour la formation routière et un appui aux populations vulnérables pour la voirie. À Bouaké, le maire-ministre porte un programme de reconstruction et préside l’association des maires ivoiriens.

Ces réussites matérielles s’accompagnent de risques institutionnels observables. Le cumul concentre la capacité d’accès aux décideurs et aux dotations entre une élite limitée, ce qui crée une asymétrie d’accès aux ressources publiques entre communes. Les dossiers lourds sont souvent traités plus rapidement lorsqu’il existe un relais parlementaire : routes cofinancées, livraisons respectant les délais, subventions directes. À l’inverse, les communes dépourvues d’un élu national connaissent des délais d’accès plus longs aux mêmes dispositifs et reçoivent des interventions plus partielles.

L’enchaînement des faits rend visible un autre mécanisme : la transformation de l’octroi des ressources en transactions politiques. Des projets locaux sont parfois liés à des logiques de réseau, où la position nationale de l’élu facilite l’identification, l’arbitrage et la mobilisation des crédits. La cofinanciation d’une route d’accès à l’hôpital d’Amou-Oblo par un programme gouvernemental illustre cette articulation entre relations personnelles et flux budgétaires. Cette configuration favorise le clientélisme lorsque l’accès aux projets dépend de la disponibilité d’un « bon » interlocuteur au sommet.

Les comparaisons aident à situer le phénomène. La France a choisi d’interdire le cumul pour limiter la concentration des pouvoirs et protéger l’égalité d’accès aux services publics. À l’échelle locale africaine, la pratique produit un développement visible dans les territoires équipés d’un relais parlementaire, tandis que d’autres communes accusent un retard structurel. Ce contraste alimente des critiques sur la pérennité d’un modèle fondé sur des connexions personnelles plutôt que sur des règles et des fonds publics transparents.

Des données de terrain montrent enfin quelles mesures institutionnelles pourraient rendre le cumul superflu : dotations étatiques transparentes et prévisibles, fonds d’investissement communaux attribués selon des critères objectifs, renforcement des capacités administratives locales et associations de collectivités capables de porter collectivement les priorités territoriales. Tant que la distribution des ressources reposera sur la géographie des connexions, le risque de népotisme et de clientélisme perdurera, au détriment des communes les plus pauvres et des principes républicains qui exigent égalité et impartialité.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Babacar F.
Mis en ligne : 06/08/2026

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