Des talibés enchaînés aux chevilles : L'État fautif selon l'enquête - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Eva | Publié le 13/08/2026 02:08:30

Des talibés enchaînés aux chevilles : L'État fautif selon l'enquête

Le tribunal des flagrants délits de Diourbel a condamné un maître coranique identifié comme M. Dramé à quinze jours de prison ferme et à une amende de 50 000 FCFA pour des faits de violences sur mineurs et d’exploitation de la mendicité.

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Suite de l’article : L’audience récente a établi que il avait enchaîné aux chevilles sept talibés âgés de 9 à 14 ans et les avait contraints à mendier, en affirmant avoir informé les parents par téléphone.

À la barre, le prévenu a expliqué que les enfants « avaient l’habitude de fuguer au lieu d’apprendre leurs leçons », et il a reconnu avoir perçu les sommes recueillies pour couvrir les dépenses du daara et ses besoins personnels. Le ministère public avait requis deux ans d’emprisonnement avec sursis; la défense a demandé la clémence. Quatre des talibés ont confirmé les faits et n’ont pas réclamé de dommages et intérêts.

Ce dossier met en lumière des manques concrets: des signaux d’alerte visibles, des enfants enchaînés et exploités, et une réponse judiciaire et administrative qui paraît décalée par rapport à la gravité des faits. La brièveté de la détention prononcée contraste avec la réquisition du ministère public et soulève des questions sur l’efficacité des contrôles exercer par les services chargés de la protection de l’enfance et des inspections de lieux d’enseignement religieux.

L’analyse factuelle montre plusieurs éléments convergents. D’abord, la pratique d’attacher des enfants et de les exploiter pour obtenir de l’argent n’est pas un incident isolé dans la région; des enquêtes d’organisations internationales et nationales ont déjà documenté des cas similaires dans des daaras au Sénégal. Ensuite, la filière parentale joue parfois un rôle ambigu: ici, le maître affirme avoir reçu l’accord téléphonique de parents qui, pour diverses raisons économiques ou sociales, délèguent la prise en charge à l’école coranique. Enfin, les structures d’inspection et de protection n’ont apparemment pas détecté ou empêché ces dérives avant qu’elles ne deviennent publiques.

Les arguments factuels qui suivent appuient l’angle selon lequel il existe une défaillance institutionnelle. Le premier argument porte sur l’absence de contrôle préventif: si des enfants de 9 à 14 ans ont été enchaînés plusieurs jours, les visites d’inspection n’ont pas rempli leur rôle dissuasif ni curatif. Le deuxième argument concerne la faiblesse des sanctions au regard des pratiques constatées: une peine de quinze jours ferme apparaît faible par rapport aux enjeux de protection et de réparation des victimes, surtout quand le ministère public avait sollicité une peine plus lourde. Le troisième argument met en évidence l’absence d’accompagnement des familles et des victimes: l’absence de demandes de dommages et intérêts par les talibés entendus peut refléter une peur, un manque d’information ou une pression sociale qui n’a pas été compensée par des services d’aide.

Pour étayer ces constats, il est pertinent de rappeler deux comparaisons factuelles. La première oppose la peine prononcée à la réquisition du ministère public, ce qui illustre un écart entre analyse du parquet et décision judiciaire. La seconde rapproche ce dossier d’autres signalements documentés par des acteurs de protection de l’enfance, qui montrent que la mendicité forcée et la maltraitance dans certains daaras persistent malgré des alertes répétées.

La synthèse des faits observés invite à considérer que la responsabilité ne se limite pas au seul maître coranique condamné: elle interroge aussi la capacité des services publics et des inspections à détecter, sanctionner et prévenir les situations d’exploitation. Les éléments réunis ici établissent une chaîne d’indices factuels qui pointent vers une défaillance des mécanismes de protection, laissant des enfants exposés pendant des périodes inacceptables avant toute intervention.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 13/08/2026

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