L’arrogance politique : Quand la certitude mène à l’immobilisme - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 05/06/2026 12:06:00

L’arrogance politique : Quand la certitude mène à l’immobilisme

Dans un post publié ce samedi, Waly Diouf Bodian, cadre de PASTEF, affirme sans détour : « Rien ne pourra être possible sans PASTEF et Ousmane Sonko. »

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Suite de l’article : Cette déclaration, à quelques jours du premier congrès du parti prévu le 6 juin au CICAD de Diamniadio, résume une posture que je trouve non seulement excessive, mais dangereuse pour notre démocratie. Je ne peux m’empêcher de réagir : l’histoire du Sénégal nous a déjà prouvé que personne, ni parti ni homme, n’est indispensable.

Le Sénégal a toujours été un exemple en Afrique en matière d’alternance démocratique. En 2000, Abdoulaye Wade et son PDS ont mis fin à 40 ans de règne socialiste, prouvant que le changement était possible. Pourtant, à l’époque, beaucoup pensaient que le Parti socialiste était intouchable. Douze ans plus tard, Macky Sall a lui aussi démontré que le PDS n’était pas éternel. Et en 2024, Bassirou Diomaye Faye a accédé à la présidence, portés par la dynamique de PASTEF. Pourtant, aujourd’hui, certains semblent oublier que cette même histoire pourrait bien se répéter.

La déclaration de Waly Diouf Bodian n’est pas anodine. Elle reflète une conviction profondément ancrée au sein de PASTEF : celle d’être le seul parti capable de porter les espoirs du Sénégal. Pourtant, cette vision me semble non seulement présomptueuse, mais aussi contraires aux valeurs démocratiques. La démocratie, c’est précisément la reconnaissance que le pouvoir peut et doit changer de mains. Affirmer que « rien ne sera possible » sans un parti ou un leader, c’est nier la diversité des idées et des talents qui animent notre pays.

Le congrès du 6 juin doit marquer le passage de PASTEF « du statut de mouvement de rupture à celui de parti structuré ». Mais un parti structuré ne devrait pas se construire sur l’idée qu’il est irremplaçable. Au contraire, il devrait accepter que son rôle est temporaire, et que sa légitimité dépend de sa capacité à servir le peuple, et non à s’imposer comme une nécessité absolue.

Je vois plusieurs raisons de m’opposer à cette vision. D’abord, l’histoire nous a montré que les partis passent, mais que le peuple reste. Le PDS de Wade, pourtant fondateur de la première alternance démocratique en 2000, a fini par être remplacé. Wade lui-même, après 12 ans au pouvoir, a dû reconnaître sa défaite face à Macky Sall. Si le PDS, parti historique, n’a pas été « indispensable », pourquoi PASTEF le serait-il ?

Ensuite, la démocratie ne peut pas dépendre d’un seul homme ou d’un seul parti. Une démocratie saine repose sur la compétition des idées, sur la possibilité pour les citoyens de choisir entre plusieurs options crédibles. Dire que « rien ne sera possible sans PASTEF », c’est sous-entendre que les autres forces politiques n’ont rien à apporter. C’est une insulte à l’intelligence collective de notre nation.

Enfin, cette posture risque de nourrir l’arrogance et l’immobilisme. Quand un parti se croit indispensable, il a tendance à s’enfermer dans ses certitudes, à ignorer les critiques, et à considérer que toute opposition est illégitime. C’est ainsi que naissent les dérives autoritaires, même sous des apparences démocratiques.

Regardons autour de nous. En Afrique, plusieurs partis ont cru être indétrônables, avant de disparaître ou de s’effondrer. En Zambie, le parti UNIP, au pouvoir depuis l’indépendance en 1964, a été battu en 1991. Au Nigeria, le PDP, qui dominait la scène politique depuis 1999, a perdu le pouvoir en 2015. Même en Afrique du Sud, l’ANC, parti de Nelson Mandela, a dû faire face à une alternance historique en 2024. Aucun parti n’est à l’abri du verdict des urnes.

Je ne remets pas en cause les réalisations de PASTEF ni l’énergie de ses militants. Mais je refuse l’idée que ce parti, ou tout autre, soit indispensable. La démocratie sénégalaise a toujours su se renouveler, et c’est précisément ce qui fait sa force. Le congrès du 6 juin est une étape importante pour PASTEF, mais il ne doit pas servir à entériner une forme de monopole politique.

L’histoire nous a appris une leçon simple : les partis passent, les peuples restent. Penser le contraire, c’est prendre le risque de trahir l’esprit même de la démocratie. Et ça, je ne peux pas l’accepter.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 05/06/202
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