L’entretien exclusif de Macky Sall à Breitbart News, média phare de la droite américaine, a de quoi surprendre.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : L’ancien président sénégalais, candidat sérieux à la succession d’António Guterres, y endosse sans complexe le slogan MUNGA (« Make the UN Great Again »), reprenant mot pour mot la rhétorique trumpiste. Je ne peux m’empêcher de voir là une capitulation intellectuelle et un alignement dangereux sur une vision unilatérale du multilatéralisme.
Macky Sall n’est pas un inconnu sur la scène internationale. Ancien président de l’Union africaine, il connaît les enjeux onusiens. Pourtant, choisir Breitbart — connu pour son biais populiste et son soutien inconditionnel à Donald Trump — comme tribune pour exposer sa vision de l’ONU interpellera plus d’un observateur. L’ONU, institution universelle, mérite mieux qu’un débat confiné dans les colonnes d’un média partisan.
Son objectif ? S’attirer les faveurs de Washington, évitant ainsi un veto américain au Conseil de sécurité. Mais à quel prix ? Celui d’une normalisation des discours clivants et d’une remise en cause des principes mêmes du multilatéralisme.
Macky Sall reprend à son compte les critiques trumpistes : gaspillage à l’ONU, mandats redondants, bureaucratie pléthorique. Pire, il va jusqu’à qualifier Trump de « bâtisseur de paix », alors même que les tensions avec l’Iran ou les positions controversées sur l’immigration ont souvent isolé les États-Unis. Comment un dirigeant africain peut-il valider une vision aussi partiale de la diplomatie internationale ?
Ses propositions — réduire les coûts en délocalisant des postes vers Nairobi ou Bangkok, ou utiliser l’IA pour « optimiser » les missions — sonnent comme une transposition mécanique des recettes républicaines de réduction de l’État fédéral. Mais l’ONU n’est pas une entreprise. Ses missions de paix, aussi coûteuses soient-elles, sauvent des vies. Les réduire au nom de l’efficacité budgétaire, c’est oublié que la paix n’a pas de prix.
Breitbart n’est pas un média neutre. C’est un relais de la droite nationaliste américaine, souvent critiqué pour ses prises de position polémiques. En s’y exprimant, Macky Sall légitime une ligne éditoriale qui, justement, remet en cause le rôle de l’ONU. Comment peut-il prétendre incarner l’unité des États membres tout en s’affichant dans un média qui divise ?
Les coupes budgétaires proposées par Trump et relayées par Sall menacent directement les opérations de paix, notamment en Afrique. Déjà sous-financées, ces missions sont souvent le dernier rempart contre l’effondrement de régions fragiles. Délocaliser des postes ou supprimer des mandats, c’est risquer de laisser des populations sans protection.
L’Afrique a besoin d’une voix forte à l’ONU, porteuse de ses spécificités. En s’alignant sur Washington, Macky Sall trahit cette mission. Où sont les propositions africaines ? Où est la défense des intérêts du continent, souvent marginalisés ? À la place, on trouve une soumission aux priorités américaines, comme la lutte contre l’immigration irrégulière, présentée comme une priorité absolue.
Contrairement à Macky Sall, des dirigeants comme António Guterres ou Kofi Annan ont toujours défendu une ONU indépendante, même face aux pressions des grandes puissances. L’Union africaine elle-même, sous la présidence de Moussa Faki, a su promouvoir des réformes sans renier ses valeurs. Macky Sall, lui, semble préférer le chemin de la facilité : plaire à Trump plutôt que de porter une vision africaine ambitieuse.
Avec lui, c’est le haut niveau, certainement. Mais un haut niveau qui, à mes yeux, sent le reniement. Macky Sall a les compétences et l’expérience pour diriger l’ONU. Mais en adoptant le discours de Trump et en choisissant Breitbart comme caisse de résonance, il sacrifie son indépendance sur l’autel d’un opportunisme politique.
L’ONU a besoin de réformes, oui. Mais des réformes équilibrées, inclusives, et respectueuses de sa mission première : la paix et la coopération internationale. Pas d’un alignement servile sur une vision étroite et partiale du monde. Je ne peux que regretter ce choix, qui, à terme, affaiblirait l’ONU… et l’Afrique avec elle.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 24/06/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





