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La professeure Amsatou Sow Sidibé, présidente de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, a déclaré sur le plateau de Point de Vue de la RTS ce dimanche que le système LMD (Licence-Master-Doctorat) « n’a pas réussi » au Sénégal, pointant des carences structurelles comme le manque d’infrastructures, les retards de calendrier et les difficultés de versement des bourses. Elle a interrogé la pertinence d’un modèle importé sans adaptation aux réalités locales. J’aborde ici ces constats avec la conviction qu’une refonte ciblée du LMD peut transformer ce diagnostic en opportunité économique et sociale.
La crise universitaire se manifeste par des blocages récurrents, des promotions retardées et une inadéquation entre diplômes délivrés et compétences demandées par les employeurs nationaux et internationaux.
J’affirme que réformer le LMD pour réaligner les diplômes sur le marché du travail est une nécessité pragmatique qui favorise l’emploi des jeunes, attire des investisseurs et soutient une croissance économique locale durable. Le problème n’est pas l’idée d’harmonisation académique en soi, mais l’application sans moyens et sans souci d’adaptation. Le LMD a apporté des méthodes utiles: modularité des cursus, continuité des parcours, ouverture à la mobilité. Pourtant, quand la modularité existe sans laboratoires, sans bibliothèques et sans corps professoral suffisant, elle devient formelle et perd sa valeur opératoire. Je propose de remettre l’accent sur l’adéquation formation-emploi: des parcours calibrés sur des compétences mesurables et sur des stages obligatoires de qualité.
Un premier angle porte sur l’emploi des jeunes. Les entreprises sénégalaises se plaignent trop souvent d’un déficit de compétences pratiques: maîtrise des outils numériques, gestion de projet, travail en équipe. En inscrivant des modules professionnalisants dès la licence et en contractualisant des périodes de stage rémunéré avec des entreprises locales, l’université produit des diplômés immédiatement opérationnels. J’ai vu des initiatives locales où une licence réorientée vers des compétences concrètes a réduit de moitié le délai moyen d’insertion des diplômés. Cette économie de temps et de ressources profite autant aux jeunes qu’aux employeurs.
Le second angle touche l’attraction d’investisseurs. Un système universitaire qui délivre des talents formés et adaptables constitue un argument de poids pour une firme qui hésite à s’implanter. Comparer la situation à celle d’un pays voisin qui a lié université et filières industrielles montre que la présence d’ingénieurs et de techniciens compétents suffit parfois à déclencher des projets. Comparer aussi à des régions urbaines qui ont misé sur des universités professionnalisantes révèle un effet levier sur les PME locales et sur les chaînes de valeur.
Sur le plan de la croissance locale durable, une stratégie de réforme doit intégrer les secteurs porteurs du pays: agriculture à haute valeur ajoutée, énergies renouvelables, technologies de l’information, métiers de la santé. Adapter les contenus et multiplier les partenariats publics-privés permet de créer des pôles d’excellence régionaux capables de retenir les talents et d’alimenter des écosystèmes entrepreneuriaux. L’investissement initial dans les infrastructures universitaires et dans la formation continue des enseignants se paie ensuite par une augmentation de la productivité et par la création d’emplois qualifiés.
Des éléments concrets renforcent cet argumentaire. Il faut des conventions claires avec des entreprises, l’évaluation des compétences par des certifications reconnues localement, et des indicateurs publics de taux d’insertion professionnelle par filière. La valorisation des incubateurs universitaires et le financement de projets étudiants créent des trajectoires professionnelles plutôt que des attentes prolongées. Je soutiens aussi la revalorisation du métier d’enseignant-chercheur: attirer des profils avec une double compétence académique et professionnelle améliorera la pertinence des enseignements.
Je suis convaincu que le LMD, revu et adapté, peut devenir un levier puissant pour l’emploi des jeunes, pour l’attraction d’investisseurs et pour une croissance économique locale résiliente. La réforme doit partir d’une cartographie des besoins économiques, passer par des formations axées sur les compétences et par des partenariats concrets entre universités et entreprises, et se traduire par des investissements ciblés dans les infrastructures et le capital humain. Abandonner l’idée ne résoudra rien; la transformer en projet national réaliste est la voie la plus utile pour les étudiants et pour la nation.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 17/02/2026
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