Succession d'António Guterres : L’Afrique mérite-t-elle Macky Sall ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 22/04/2026 12:04:00

Succession d'António Guterres : L’Afrique mérite-t-elle Macky Sall ?

L’annonce officielle de la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies, portée par le Burundi au nom de l’Union africaine, a suscité un débat passionné tant au Sénégal qu’à l’échelle continentale.

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Suite de l’article : Si le parti Nouvelle Responsabilité / Jamm Ji (NR/J) d’Amadou Ba y voit une opportunité historique pour l’Afrique de renforcer sa représentation dans la gouvernance mondiale, je me permets d’exprimer une opinion plus nuancée, voire critique, sur cette initiative. En effet, derrière l’argumentaire panafricain et diplomatique se cachent des réalités politiques et éthiques qui, à mon sens, rendent cette candidature problématique.

La candidature de Macky Sall s’inscrit dans une dynamique continentale visant à promouvoir une représentation africaine à la tête de l’ONU, après Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan. L’Union africaine, par la voix du président burundais Évariste Ndayishimiye, a officiellement soumis son nom, soulignant ainsi une volonté de peser davantage dans les instances internationales. Cependant, cette démarche soulève des questions quant à sa légitimité et à son opportunité.

Au Sénégal, la candidature de Macky Sall divise profondément. Le gouvernement actuel, dirigé par Bassirou Diomaye Faye, n’a pas été associé à cette initiative, et le ministre des Affaires étrangères a clairement indiqué que le Sénégal n’avait pas été consulté. Cette absence de concertation nationale interroge : comment un candidat peut-il prétendre incarner l’Afrique sans même obtenir le soutien de son propre pays ?

L’argument principal des opposants à cette candidature repose sur le bilan de Macky Sall à la tête du Sénégal. Son mandat a été marqué par des accusations de répression violente contre des manifestants, notamment lors des crises politiques de 2021 à 2023, où plus de 60 personnes ont perdu la vie. De plus, le dossier de la « dette cachée » et les soupçons de corruption ont terni son image, tant au niveau national qu’international.

Pour un poste aussi symbolique que celui de Secrétaire général de l’ONU, qui incarne des valeurs universelles de paix, de justice et de respect des droits humains, un tel bilan est difficilement compatible. Comme le souligne Boubacar Sèye, porte-parole du collectif des victimes de Macky Sall, « la candidature de Macky Sall, compte tenu de son bilan national, ternit l’image de l’ONU » et pourrait fragiliser sa crédibilité.

Soutenir Macky Sall reviendrait, selon ses détracteurs, à cautionner un bilan contesté et à ignorer les critiques formulées pendant ses deux mandats. L’ONG Horizon Sans Frontières a d’ailleurs publié un communiqué intitulé « Candidature de Macky Sall, du sang sénégalais à l’ONU », estimant qu’une telle nomination irait à l’encontre des principes fondamentaux que l’institution internationale est censée défendre.

Par ailleurs, la candidature de Macky Sall se heurte à des obstacles géopolitiques majeurs. Traditionnellement, le poste de Secrétaire général est attribué selon une rotation géographique, et après l’Europe de l’Ouest avec António Guterres, c’est au tour de l’Europe de l’Est ou de l’Amérique latine d’être favorisée. Dans ce contexte, une candidature africaine en 2026 apparaît comme un contresens diplomatique, sauf à imaginer une entorse rare aux règles onusiennes.

L’histoire des candidats africains à la tête de l’ONU montre que le succès dépend moins des mérites individuels que des rapports de force entre grandes puissances. Boutros Boutros-Ghali, premier Africain à occuper ce poste, a vu son mandat écourté en raison de l’opposition américaine. Kofi Annan, quant à lui, a bénéficié d’un compromis géopolitique plutôt que d’un consensus africain spontané. Ces précédents rappellent que le poste de Secrétaire général est avant tout le résultat de négociations complexes, où les équilibres diplomatiques priment sur les ambitions individuelles.

En définitive, si l’idée de voir un Africain à la tête de l’ONU est séduisante, la candidature de Macky Sall soulève trop de questions éthiques, politiques et diplomatiques pour être crédible. Son bilan national controversé, l’absence de soutien de son propre pays et les obstacles géopolitiques rendent cette ambition peu réaliste. Plutôt que de chercher à imposer une candidature clivante, l’Afrique gagnerait à promouvoir un profil consensuel, capable de rassembler au-delà des frontières et des clivages.

Je reste convaincu que la crédibilité de l’ONU et la réputation de l’Afrique méritent mieux qu’un choix dicté par des calculs politiques internes ou des ambitions personnelles. La succession d’António Guterres doit être l’occasion de renforcer la légitimité et l’efficacité de l’institution, pas de la fragiliser.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 22/04/202
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