Cri de détresse des maraîchers : Récoltes déversées pour alerter l’État - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Agriculture | Par Maimouna | Publié le 20/04/2026 09:04:00

Cri de détresse des maraîchers : Récoltes déversées pour alerter l’État

Le jeudi 5 mars 2026, des producteurs horticoles des Niayes ont bloqué la Route Nationale et déversé leurs récoltes sur la chaussée pour protester contre la mévente et la saturation du marché.

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Suite de l’article : Ils ont demandé le limogeage du ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, et l’application de gels sur les produits de l’agrobusiness. Les agriculteurs dénoncent l’invasion du marché par des multinationales et l’absence de moyens de stockage.

La scène a mis en lumière une détresse économique aiguë et une méthode de protestation spectaculaire qui a paralysé la circulation routière et attiré l’attention nationale.

La région des Niayes concentre une large production maraîchère destinée aux marchés urbains, avec des filières fragiles pour l’oignon et la pomme de terre. Les petits producteurs signalent des stocks sans chambres froides et des prix en chute libre depuis plusieurs mois.

Le déversement volontaire de récoltes sur la route est un acte politique fort, mais les faits montrent un risque réel pour la sécurité alimentaire et l’économie locale. Les produits perdus constituent une perte directe de revenus pour des exploitations déjà précaires, et la destruction de denrées fraîches alimente une pénurie locale temporaire qui peut faire monter les prix pour les consommateurs vulnérables. Les pertes post-récolte sont évaluées dans d’autres contextes à des pourcentages élevés lorsque les capacités de stockage font défaut; l’absence de chambres froides multiplie les risques de détérioration, ce qui frappe d’abord les petits exploitants.

Le geste de jeter la production est contre-productif sur plusieurs plans vérifiables. Premièrement, il réduit l’offre disponible pour les circuits courts et pour les programmes alimentaires qui pourraient bénéficier de dons ou d’achats institutionnels. Deuxièmement, il affaiblit la position de négociation des producteurs auprès des acheteurs: un producteur sans marchandise perd du pouvoir de marché. Troisièmement, la perte de récoltes se traduit par l’effondrement des revenus familiaux et par une augmentation des coûts de production par unité vendue pour la saison suivante. Ces effets sont quantifiables et documentés dans des études agricoles qui relient la sécurité du revenu à la capacité de stockage et à l’accès aux marchés.

Les méthodes destructrices détournent l’attention des solutions techniques et institutionnelles qui existent: construction de magasins de stockage, création de marchés de gros, application effective des suspensions d’importation et soutien au conditionnement pour l’exportation. En jetant les récoltes, les manifestants privent simultanément les organisations de la société civile et les autorités de la possibilité d’organiser des transferts rapides vers des banques alimentaires ou vers des filières d’exportation. Le geste se compare à un feu de forêt: il attire l’œil mais brûle la terre qu’on voulait protéger. Il ressemble aussi à une arme à double tranchant: il vise l’État et frappe d’abord la base productive qu’il prétend défendre.

Des exemples internationaux offrent des repères: dans plusieurs pays d’Afrique, l’investissement dans des chambres froides et dans des centres de regroupement a réduit les pertes post-récolte de 20 à 40 %. Des études de marché montrent que des gels temporaires d’importations doivent être accompagnés d’inspections et de capacités logistiques pour être efficaces. Les producteurs sénégalais indiquent vouloir des infrastructures promises dans les nouveaux pôles agricoles; sans calendrier et financement précis, ces promesses restent théoriques et n’empêchent pas l’accumulation de stocks périssables.

La colère des producteurs est compréhensible et les revendications concernant le stockage et la régulation méritent d’être traitées. Le choix de déverser des récoltes pose cependant un paradoxe dangereux: en détruisant la marchandise, les acteurs aggravent la crise qu’ils dénoncent et limitent les options pratiques pour la sécurisation des denrées. Le défi concret reste la transformation des protestations spectaculaires en pression constructive sur l’État et sur les partenaires privés pour obtenir des infrastructures, des contrôles effectifs et des mécanismes d’achat garantis qui protègent le revenu paysan et la sécurité alimentaire.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Fatou Kiné D.
Mis en ligne : 20/04/2026

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