Une centrale sous contrôle public : Le risque caché de l’énergie sénégalaise - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 10/05/2026 12:05:45

Une centrale sous contrôle public : Le risque caché de l’énergie sénégalaise

Je célèbre rarement les décisions brillantes à première vue. Ici, je vois un geste politique qui sonne comme une victoire mais qui, pour moi, cache un risque financier considérable.

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Suite de l’article : Je n’approuve pas la reprise publique pure et simple d’une grande centrale encore fragile sur le plan financier sans qu’un plan clair de financement et de gestion ait été exposé aux citoyens. Prendre le contrôle d’un actif stratégique peut inspirer confiance, mais cela ne suffit pas à effacer la facture future qui pèsera sur les contribuables.

Une centrale de 360 MW, proche de l’achèvement, passe sous la pleine propriété d’un opérateur public. Sur le papier, cela restaure la souveraineté énergétique et sécurise une part importante de la production nationale. Pourtant, la réalité financière est plus nuancée. L’État reprend non seulement l’infrastructure, mais aussi les coûts restants de finalisation, les garanties de financement, les contrats d’exploitation et les risques techniques qui accompagnent toute mise en service récente. Ces éléments pèsent sur le budget public, parfois de façon directe, parfois en tant qu’engagements conditionnels susceptibles de se transformer en dette effective.

Lorsqu’un État reprend un actif imparfait, il peut être amené à augmenter son endettement pour finir les travaux, pour payer des fournisseurs ou pour garantir des emprunts antérieurs. Les mécanismes habituels incluent des prêts, des garanties ou des avances qui, en l’absence d’un mécanisme de remboursement stable, se traduisent par un alourdissement de la dette publique. Le contribuable devient alors le rempart ultime contre l’échec du projet. Je crains que la prise de contrôle, présentée comme une victoire stratégique, reporte des coûts immédiats et futurs sur les ménages et sur les autres priorités publiques.

La centrale étant presque opérationnelle, il reste des investissements à sécuriser pour l’exploitation commerciale, la maintenance et l’achat de combustibles. Si l’État choisit de financer ces postes par de nouvelles dettes ou par des transferts depuis le budget courant, il réduira d’autant la marge de manœuvre pour la santé, l’éducation et les routes. Les engagements implicites, comme des garanties bancaires ou des prises en charge de déficits d’exploitation, constituent des bombes à retardement pour les finances publiques. Sans engagement précis sur un calendrier de remboursement ou sur des réformes de gouvernance de l’opérateur public, je vois une dérive probable vers le transfert des coûts vers les contribuables.

Reprendre une centrale inachevée ressemble à reprendre le crédit d’une maison laissée à moitié construite, et soi-disant sécurisée; parfois la somme pour terminer dépasse l’estimation initiale. C’est aussi comparable à accepter l’héritage d’une entreprise en difficulté sans avoir examiné les bilans: l’apparente valeur de l’actif peut masquer des passifs importants. Ces comparaisons ne réduisent pas l’importance stratégique de l’énergie, elles rappellent seulement que le choix technique doit être doublé d’un choix financier responsable.

La maîtrise d’un actif public exige des compétences opérationnelles et une discipline budgétaire, faute de quoi l’État paiera pour des inefficacités. Je me méfie des annonces triomphales qui cèdent la place à des réalités comptables opaques. Je retiens aussi une phrase prononcée lors des négociations: « éviter la perte d’un actif énergétique clé et garantir un gain stratégique pour le Sénégal ». C’est une ambition louable, mais l’ambition sans méthode risque de laisser le peuple payer la note.

Pour ma part, je soutiens l’idée que l’État doit protéger les intérêts stratégiques, mais je refuse la sacrification de la rigueur financière au nom d’un symbole politique. Tant que le plan de financement, les modalités d’exploitation et les mécanismes de transparence ne seront pas publiés et chiffrés, je considérerai cette reprise comme une décision à haut risque pour les finances publiques et pour les citoyens qui, in fine, pourraient porter le fardeau.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 10/05/202
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