Je me permets de revenir sur l’annonce faite ce 5 mai 2026 par le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, qui a choisi de suspendre son recours en inconstitutionnalité contre la réforme du code électoral.
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Suite de l’article : Si cette décision est présentée comme une adaptation tactique, je la vois plutôt comme un recul préoccupant pour la vitalité démocratique de notre pays.
La réforme électorale, notamment les articles L.29 et L.30, a suscité des débats houleux. Takku Wallu Sénégal, seul groupe d’opposition à l’Assemblée, avait initialement annoncé son intention de saisir le Conseil constitutionnel, un geste essentiel pour garantir le respect des règles du jeu démocratique.
Pourtant, le groupe a finalement reculé, invoquant la « dynamique institutionnelle » et les tensions internes au pouvoir. Je comprends la volonté de ne pas s’immiscer dans des querelles partisanes, mais je crains que cette posture ne revienne à abandonner le terrain du contrôle constitutionnel, pourtant crucial pour équilibrer les pouvoirs.
En sursoir à son recours, Takku Wallu laisse la majorité assumer seule les conséquences de ses choix législatifs. Si cette approche peut sembler prudente, elle me paraît surtout révélatrice d’une autocensure politique. Dans un système où l’opposition est déjà fragilisée, renoncer à utiliser les outils juridiques disponibles, c’est affaiblir la conflictualité démocratique, pourtant nécessaire pour un débat électoral sain.
En Afrique de l’Ouest, des exemples comme celui du Bénin ou de la Côte d’Ivoire montrent que les réformes électorales controversées, lorsqu’elles ne sont pas contestées, peuvent éroder les acquis démocratiques et légitimer des pratiques exclusives.
Ailleurs, les oppositions utilisent systématiquement les recours constitutionnels pour contester les réformes jugées inéquitables. Au Nigeria ou en Espagne, les partis d’opposition ont souvent saisi les cours constitutionnelles pour défendre les principes de transparence et d’équité, même dans des contextes politiques tendus.
Au Sénégal, en 2019, une réforme électorale similaire avait déjà conduit à l’exclusion de 75 % des candidats, validant seulement 7 des 27 dossiers déposés. Ces précédents devraient nous inciter à la vigilance, et non à la retenue.
Je ne peux m’empêcher de voir dans ce revirement une opportunité manquée. Le rôle de l’opposition n’est pas seulement de critiquer, mais aussi d’agir comme garde-fou institutionnel. En choisissant la prudence au détriment de la confrontation juridique, Takku Wallu Sénégal risque de normaliser des réformes qui, à terme, pourraient restreindre l’espace démocratique. La démocratie a besoin de débats vifs, de contrôles stricts et d’une opposition qui ose utiliser tous les leviers à sa disposition. Sinon, à quoi bon en parler ?
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 17/05/2026
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