Une Assemblée ou une cour royale : Le signal inquiétant de Sonko - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 02/06/2026 08:06:00

Une Assemblée ou une cour royale : Le signal inquiétant de Sonko

Je lisais hier les déclarations d’Ousmane Sonko, nouveau président de l’Assemblée nationale du Sénégal, rendant un hommage vibrant à son prédécesseur, El Malick Ndiaye. « J’ai admiré votre loyauté, votre sagesse, votre civisme », a-t-il déclaré.

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Suite de l’article : Ces mots, aussi polis soient-ils, m’ont glacé. Car quand un dirigeant célèbre d’abord la loyauté de ses proches plutôt que leur rigueur ou leur indépendance, c’est la démocratie elle-même qui vacille. Je le dis sans détours : cette culture de l’hommage personnel, dans une institution qui devrait incarner le contre-pouvoir, est un symptôme alarmant. Et je m’en inquiète.

L’Assemblée nationale n’est pas un club privé. C’est le cœur battant de la démocratie, le lieu où les lois se débattent, où le gouvernement est contrôlé, où l’intérêt général doit primer sur les allégeances partisanes. Pourtant, depuis des années, au Sénégal comme ailleurs en Afrique, on assisté à une dérive : celle de la personnalisation du pouvoir. Les institutions ne sont plus jugées sur leur efficacité, mais sur leur fidélité à un homme, un parti, une « famille politique ». El Malick Ndiaye a peut-être modernisé l’hémicycle, comme le souligne Sonko. Mais à quel prix ? Celui d’une institution où l’on valorise d’abord la solidarité de clan plutôt que l’esprit critique ?

Le discours de Sonko est révélateur. Il ne parle pas de réformes audacieuses, de transparence renforcée, ou de mécanismes de contrôle plus stricts. Non, il met en avant la loyauté et la sagesse — des vertus, certes, mais qui, dans ce contexte, sonnent comme un éloge de la soumission. Une Assemblée nationale « moderne et proactive », dit-il. Mais moderne par rapport à quoi ? À l’aune de son alignement sur le pouvoir exécutif ? Proactive dans la défense des intérêts du parti ou de ceux des citoyens ?

Ce qui me frappe, c’est l’absence totale de mention à l’indépendance des députés. Pas un mot sur leur devoir de représenter tous les Sénégalais, y compris les opposants. Au contraire, on célèbre une institution qui fonctionne comme une équipe soudée, presque une famille. Or, une famille ne vote pas des lois. Une famille ne contrôle pas un gouvernement. Une famille, surtout, ne garantit pas la séparation des pouvoirs.

Premièrement, la loyauté comme critère principal ouvre la porte au clientélisme. Si les promotions, les éloges, ou même les postes clés dépendent de la fidélité à un leader plutôt que des compétences, alors le mérite perd du terrain. Et avec lui, la confiance des citoyens.

Deuxièmement, une Assemblée nationale qui fonctionne sur l’admiration personnelle devient un chambre d’enregistrement plutôt qu’un contre-pouvoir. Où sont les débats houleux, les amendements audacieux, les commissions d’enquête impartiales ? Quand on valorise avant tout la « hauteur » et le « calme » face aux tensions, on risque de confondre la stabilité avec la complicité.

Troisièmement, cette culture de la loyauté normalise l’idée que la politique est une affaire de fidélité avant d’être une affaire d’idées. Pourtant, l’histoire nous montre que les démocraties les plus solides sont celles où les institutions résistent aux pressions partisanes. Prenez l’exemple du Parlement européen : malgré les clivages politiques, les députés votent souvent en fonction de leur conviction plutôt que de la consigne de leur groupe. Au Sénégal, on semble préférer l’inverse.

Hélas, non. En Afrique du Sud, sous Jacob Zuma, le Parlement a souvent été accusé de protéger le président plutôt que de le contrôler. En RDC, les institutions sont régulièrement instrumentalisées par le pouvoir en place. Même en France, on a vu des majorités parlementaires voter en bloc, comme un seul homme, au mépris des nuances.

Mais il existe des contre-exemples. Au Costa Rica, les députés ont une tradition d’indépendance rare en Amérique latine. En Allemagne, la culture du Konsens (consensus) ne signifie pas absence de débat : elle repose sur des règles strictes de transparence. Ces pays montrent qu’une démocratie mature peut allier stabilité et esprit critique.

Je ne remets pas en cause les qualités personnelles d’El Malick Ndiaye. Mais je refuse de croire que la loyauté doive être la première vertu d’un président d’Assemblée nationale. La démocratie a besoin de gardiens, pas de suiveurs. Elle a besoin de députés qui osent dire non, qui posent des questions gênantes, qui défendent l’intérêt général même quand il dérange leur camp.

Alors oui, je m’indigne quand on célèbre la loyauté avant tout le reste. Car une institution qui fonctionne sur l’admiration personnelle n’est plus un contre-pouvoir. C’est une cour. Et une cour, ça ne fait pas des lois. Ça applaudit.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 02/06/202
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