Dans un entretien accordé à L’Observateur, Serigne Mbaye Thiam, figure historique du Parti socialiste (PS), a multiplié les mises en garde : dette publique « nébuleuse », réforme constitutionnelle « bancale », crise interne au PS « pourrie ».
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Son réquisitoire, aussi tranchant soit-il, sonne comme une tentative désespérée de se repositionner dans le débat national. Je ne peux m’empêcher de voir, derrière ces avertissements, l’hypocrisie d’une vieille garde politique qui, après avoir longuement participé à la gestion du pouvoir, se présente aujourd’hui en gardienne des vertus qu’elle a elle-même piétinées.
Le Sénégal traverse une période charnière. La dette publique, qui aurait atteint 99,67 % du PIB fin 2023 selon la Cour des comptes (contre 74,41 % initialement déclarés), pèse comme une épée de Damoclès sur l’économie. Pendant ce temps, le Parti socialiste, autrefois pilier de la vie politique, se déchire entre factions rivales, avec des mouvements comme Dundal PS accusés de « pourrissement » interne. Ajoutez à cela une réforme constitutionnelle contestée, perçue comme un risque de « régime hybride » source d’instabilité, et vous avez le cocktail explosif que dénonce Thiam.
Mais voici le paradoxe : Serigne Mbaye Thiam a été ministre de l’Éducation nationale puis de l’Eau et de l’Assainissement sous Macky Sall entre 2012 et 2019. Il a donc été un acteur clé de l’ère qu’il critique aujourd’hui.
Thiam dénonce la « cacophonie » autour de la dette et l’absence de transparence. Pourtant, c’est sous son mandat ministériel que les premières alertes sur l’endettement public ont commencé à émerger. La dette sénégalaise a dépassé les 80 % du PIB en 2023, un niveau record, en partie à cause de cycles d’investissements publics lancés dès 2014 – une période où il occupait des postes clés. Comment peut-il aujourd’hui feindre l’indignation ?
Son appel à une « refondation » du PS est tout aussi ambigu. Il rejette les exclusions, mais son discours divise : en pointant du doigt la direction actuelle, il alimente les tensions qu’il prétend vouloir apaiser. La stratégie est claire : discréditer les autres pour mieux s’imposer comme recréateur d’unité.
Premièrement, l’argument de l’autorité morale est intenable. Thiam a été un rouage du système Macky Sall. S’il critique aujourd’hui la gestion de la dette, pourquoi ne l’a-t-il pas fait quand il était en position d’agir ? Son silence passé discrédite son indignation présente.
Deuxièmement, son analyse de la réforme constitutionnelle manque de cohérence. Il craint un « régime hybride », mais son propre parti, le PS, a souvent oscillé entre alliances opportunistes et positions floues. La crédibilité d’un tel discours est affaiblie par des années de calculs politiques.
Enfin, la crise du PS est aussi la sienne. En dénonçant le « pourrissement » interne, il oublie de mentionner que ces divisions sont le résultat de décennies de luttes de pouvoir, auxquelles il a activement participé.
Cette posture n’est pas nouvelle en Afrique. En Tunisie, d’anciens ministres de Ben Ali se sont recyclés en opposants après 2011. Au Kenya, des figures de l’ère Moi ont tenté de se présenter en réformateurs une fois écartées du pouvoir. Partout, le même schéma se répète : ceux qui ont contribué aux dérives se transforment en critiques une fois marginalisés.
Je ne nie pas que les alertes de Thiam touchent des problèmes réels. La dette est bel et bien un fardeau, la réforme constitutionnelle mérite un débat approfondi, et le PS a besoin de se réinventer. Mais quand la critique vient de ceux qui ont longtemps fermé les yeux, elle sonne comme une opération de communication plus que comme un engagement sincère.
Le vrai défi pour le Sénégal n’est pas d’écouter les regrets tardifs de la vieille garde, mais de construire une nouvelle génération de dirigeants qui n’auront pas à se justifier de leur passé. Car, comme le dit le proverbe africain : « Celui qui a dansé la musique ne peut pas ensuite blâmer le tambour. »
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 01/07/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





