ARTP : Quand la méritocratie devient vitrine politique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 03/08/2026 02:08:30

ARTP : Quand la méritocratie devient vitrine politique

Ce jeudi, la Présidence de la République du Sénégal a lancé un appel à candidatures pour le poste de Directeur général de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP).

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Suite de l’article : Le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye inscrit cette démarche dans l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050 et dans le New Deal technologique. La Présidence rappelle que des nominations antérieures, comme celle du Directeur général de l’ARCOP, des membres des Collèges de l’OFNAC et de l’ARTP et les recteurs de cinq universités publiques, sont issues d’appels à candidature.

Sur les réseaux sociaux, l’annonce a suscité de nombreuses réactions et un scepticisme marqué quant à la portée réelle de l’ouverture promise. La communication présidentielle insiste sur la sélection « sur la seule base de la compétence », mais les observateurs ont rapidement signalé des risques pratiques et structurels qui peuvent transformer une procédure ouverte en une compétition d’affichage plutôt qu’en une sélection équitable.

L’appel à candidatures vise un poste stratégique: le pilotage des télécommunications et des postes est présenté comme un levier de transformation systémique. La Présidence affirme qu’elle soumet certains emplois publics à une procédure compétitive, en précisant: « Bien que disposant du pouvoir discrétionnaire de nomination aux emplois civils et militaires, le Chef de l’État a pris l’engagement solennel de soumettre certains emplois publics à une procédure ouverte et compétitive. » Cette affirmation formelle n’écarte pas les mécanismes qui favorisent les candidats proches du pouvoir.

Plusieurs facteurs factuels expliquent le danger d’une compétition factice. Les appels publics exigent souvent des dossiers volumineux, une communication soutenue et une capacité à mobiliser des soutiens médiatiques et administratifs pour obtenir visibilité auprès des jurys. Les candidats disposant de réseaux politiques ou financiers peuvent financer des campagnes de réputation, accéder plus facilement à des informations sur les critères de sélection et obtenir des recommandations. De fait, une procédure théoriquement ouverte peut reproduire les logiques de favoritisme déjà en place.

Les précédents cités par la Présidence, tels que les désignations via appels à candidatures pour l’ARCOP et pour des recteurs, constituent des exemples concrets d’une méthode qui semble se répandre. La répétition de la même modalité soulève la question de l’impartialité des comités d’évaluation et de la transparence effective des critères appliqués lors des auditions publiques ou des délibérations internes. Si les règles sont publiques, l’accès aux moyens de respect de ces règles n’est pas identique pour tous les postulants.

Comparer ce processus à un concours académique où la préparation matérielle et les appuis externes font la différence aide à comprendre le mécanisme; comparer aussi à une compétition sportive montre qu’au-delà du talent, l’entourage et les ressources logistiques pèsent lourd. Ces deux comparaisons illustrent pourquoi la procédure peut avantager des candidats liés au pouvoir plutôt que de garantir une sélection purement méritocratique.

Des éléments supplémentaires renforcent l’inquiétude: l’extension annoncée de la procédure aux organes exécutifs des autorités administratives indépendantes signifie que le modèle sera appliqué à des fonctions économiques et de protection des libertés publiques. Si la mise en œuvre n’accompagne pas des garanties procédurales fortes et des observateurs indépendants, le risque d’installation d’un népotisme modernisé reste réel.

La Présidence conclut sa communication par une formule solennelle: « La transparence dans la gestion publique n’est pas une promesse. Elle est une méthode de gouvernement. » Reste que la méthode annoncée doit être traduite en dispositifs concrets de contrôle, de publication des critères et de suivi externe, sans quoi l’appel d’offres risque d’être une vitrine qui masque les mêmes réseaux d’influence. Le public attend désormais des preuves visibles que l’ouverture sera plus qu’un slogan.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Penda F.
Mis en ligne : 03/08/2026

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top