Doublons de paie : Le piège qui menace le budget de l'État - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Emmanuel | Publié le 07/07/2026 02:07:00

Doublons de paie : Le piège qui menace le budget de l'État

Le ministre de la Fonction publique, Mamadou Lamine Dianté, a lancé un audit biométrique de tous les agents de l’État sénégalais, opération en cours jusqu’au 31 juillet 2026.

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Suite de l’article : La masse salariale était de 375,1 milliards de francs CFA au 31 mars 2026, en hausse de 5,1 % sur un an, pour 195 144 fonctionnaires. Le contrôle vise à identifier les doublons et corriger des irrégularités.

L’opération mobilise des équipes sur le terrain pour vérifier chaque agent, y compris les militaires, les forces paramilitaires et les magistrats. Le ministère des Finances précise que le secteur de l’éducation absorbe 58,2 % des rémunérations des fonctionnaires.

Les précédents africains entourant les audits biométriques offrent des points de comparaison factuels. Au Nigeria, un audit fédéral a entraîné la radiation de 23 846 agents fictifs et a permis d’économiser 1,7 million de dollars par mois ; dans l’État de Katsina, 3 488 fonctionnaires non qualifiés ont été exclus pour une économie mensuelle de 328 000 dollars. À l’inverse, au Gabon, les autorités ont découvert en mars 2026 que 1 756 agents en abandon de poste continuaient de percevoir un salaire, entraînant un préjudice supérieur à 8 milliards de francs CFA et révélant des cumuls de matricules de paie.

Ces faits dessinent des risques concrets pour le Sénégal si l’audit biométrique reste un exercice de pure vérification sans renforcement des procédures de gestion des matricules. Les cas gabonais montrent que l’existence de plusieurs matricules par agent peut permettre des paiements parallèles et rendre une radiation inefficace si le système d’identification n’est pas consolidé. Les chiffres nigérians illustrent le gain possible lorsque les procédures de vérification s’accompagnent d’un suivi administratif rigoureux.

La mécanique des fraudes identifiées ailleurs repose sur des failles documentées : absence de centralisation des matricules, contrôles de présence lacunaires, et faibles capacités de croisement des bases de données. Le Sénégal a engagé des formations en avril 2026, avec Interpol et la Commission de protection des données personnelles, pour traiter les données biométriques dans le cadre du projet IDENTITY, ce qui apporte un élément de préparation technique. Pourtant, l’expérience gabonaise signale que la simple collecte biométrique ne suffit pas si la gestion des identifiants et la gouvernance administrative restent fragiles.

Le risque financier est tangible. Des radiations réussies, comme au Nigeria, réduisent substantiellement la masse salariale; des échecs, comme au Gabon, créent des pertes directes et sapent la crédibilité des réformes. La République démocratique du Congo anticipe une masse salariale proche de 4 milliards de dollars en 2025, soit 4,8 % du PIB, et planifie un recensement biométrique pour rester sous la barre des 5 % recommandée par certains partenaires internationaux, ce qui montre la contrainte budgétaire commune aux pays confrontés à ces enjeux.

Les éléments factuels rassemblés indiquent plusieurs points de vigilance pour Dakar : assurer l’unicité et la traçabilité des matricules, consolider le croisement des bases avec les forces de défense et la justice, et maintenir une supervision indépendante des résultats de l’audit. Sans ces dispositifs de gestion et de vérification renforcés, l’État risque de reproduire les mêmes schémas observés ailleurs, avec des conséquences financières et administratives durables.

La transparence des procédures et la consolidation des identifiants restent au cœur du défi posé par la masse salariale. Les chiffres nigérians et gabonais servent de repères concrets : ils montrent à la fois les économies possibles et les pertes causées par des systèmes incomplets. La réussite de l’audit biométrique sénégalais dépendra des mesures de gestion des matricules et du suivi administratif qui seront effectivement mis en œuvre après la collecte des données.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Fallou F.
Mis en ligne : 07/07/2026

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