Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
L’affaire Mansour Faye, ancien ministre et beau-frère de l’ex-président Macky Sall, incarcéré depuis cent jours sans avoir été auditionné au fond, illustre une fois de plus les dysfonctionnements profonds de la justice sénégalaise. Comme le souligne le quotidien Les Échos, cette situation ressemble étrangement à de l’acharnement judiciaire, surtout quand on la compare au traitement réservé à d’autres anciens ministres impliqués dans les mêmes dossiers. Ce cas n’est malheureusement pas isolé : il révèle une justice à deux vitesses et un climat d’instabilité juridique qui éloigne les investisseurs et mine la crédibilité du Sénégal.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye, la Haute Cour de justice semble s’acharner sur les figures du régime précédent. Mansour Faye, inculpé dans le cadre de la gestion des fonds Force Covid-19, croupit en prison sans que son dossier n’avance, tandis que d’autres, inculpés pour des faits similaires, bénéficient de libertés provisoires ou de bracelets électroniques. Cette différence de traitement, dénoncée par les avocats de Faye et plusieurs observateurs, soulève des questions légitimes sur l’équité et l’indépendance de la justice sénégalaise. Les avocats de Faye ont même saisi des instances internationales, estimant que la Haute Cour de justice, composée majoritairement de députés, fonctionne comme une « juridiction politique ».
Cette situation n’est pas nouvelle. Chaque changement de régime au Sénégal s’accompagne d’une chasse aux sorcières contre les anciens dirigeants, au lieu de se concentrer sur les véritables priorités du pays : la relance économique, la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie des Sénégalais. À force de régler des comptes politiques, le pouvoir actuel oublie l’essentiel : la justice doit être un pilier de stabilité et de confiance, pas un outil de vengeance.
Le cas de Mansour Faye est emblématique d’un système judiciaire qui peine à garantir un procès équitable. Alors que certains ministres ont été rapidement auditionnés et libérés sous caution, Faye reste incarcéré, sans que les preuves de sa culpabilité ne soient clairement établies. Ses avocats dénoncent une détention arbitraire, une violation des droits de la défense, et une procédure entachée d’irrégularités. Pire, la Haute Cour de justice a rejeté une caution proposée sous forme d’un terrain évalué à 5 milliards de francs CFA, ce qui renforce l’idée d’une volonté politique de l’abattre.
Cette instrumentalisation de la justice a des conséquences désastreuses. Elle alimente la méfiance des citoyens envers les institutions et décourage les investisseurs étrangers, déjà réticents face à l’instabilité juridique et aux risques de persécution politique. Comme le rappelle un rapport récent, les investissements privés et étrangers sont en chute libre, en partie à cause de ce climat d’incertitude juridique. Comment attirer des capitaux quand les règles du jeu changent selon les régimes et que la justice devient un enjeu de pouvoir ?
Le Sénégal, souvent cité en exemple pour sa stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, voit son image ternie par ces pratiques. Les comparaisons avec d’autres pays africains sont édifiantes : au Ghana ou en Côte d’Ivoire, les transitions politiques s’accompagnent de réformes judiciaires visant à renforcer l’indépendance des magistrats et à garantir l’égalité devant la loi. Au Sénégal, en revanche, chaque nouveau gouvernement semble plus occupé à traquer ses prédécesseurs qu’à construire l’avenir.
L’impact économique est direct. Les investisseurs, qu’ils soient locaux ou étrangers, ont besoin de prévisibilité et de sécurité juridique. Or, les arrestations arbitraires, les détentions prolongées sans jugement, et les décisions judiciaires perçues comme politiques créent un climat de défiance. Les réformes promises pour moderniser la justice tardent à se concrétiser, et les assises nationales sur le sujet n’ont pas encore produit de résultats tangibles. Pendant ce temps, les Sénégalais continuent de souffrir du chômage, de la pauvreté et d’un système de santé et d’éducation sous-financé.
En Afrique, plusieurs pays ont su tirer les leçons de leur passé. Le Rwanda, après le génocide, a mis en place des mécanismes de réconciliation nationale et une justice transitionnelle pour éviter les règlements de comptes. En Afrique du Sud, la Commission vérité et réconciliation a permis de tourner la page de l’apartheid sans tomber dans la vengeance. Au Sénégal, en revanche, chaque régime reproduit les mêmes erreurs : utiliser la justice comme arme politique, au lieu de la réformer pour qu’elle serve l’intérêt général.
Le Sénégal a un potentiel énorme, avec une jeunesse dynamique, des ressources naturelles importantes et une position géostratégique enviable. Mais ce potentiel ne pourra se réaliser que si la justice retrouve sa crédibilité et son indépendance. Tant que les dirigeants continueront à instrumentaliser les institutions pour régler des comptes, le pays restera bloqué dans un cycle de méfiance et d’instabilité.
Il faut rompre avec cette tradition malsaine. La priorité doit être donnée à la réforme du système judiciaire, à la garantie des droits de la défense, et à la création d’un environnement propice aux investissements. Sans cela, le Sénégal restera un pays où la justice est un leurre, où les investisseurs hésitent à s’engager, et où les citoyens perdent espoir. La vraie justice, celle qui protège les faibles et sanctionne les coupables sans distinction, est la seule capable de redonner confiance et de permettre au pays de décoller. Espérons que les dirigeants actuels comprendront enfin que la vengeance ne construit rien, mais que la justice, elle, peut tout changer.
Quelles réformes concrètes pourraient restaurer la confiance dans la justice sénégalaise ? Une commission indépendante ? Une révision des procédures de la Haute Cour de justice ? Le débat est ouvert.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Modou Mane.
Mis en ligne : 09/09/2025
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





