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La réception d’Alassane Ouattara par Emmanuel Macron à l’Élysée, le 24 février 2026, a été présentée comme un nouveau chapitre dans les relations franco-ivoiriennes, un « dialogue stratégique » censé renforcer la coopération économique et sécuritaire entre les deux pays. Pourtant, derrière les sourires et les déclarations protocolaires, cette rencontre ne fait que confirmer une réalité bien moins reluisante : celle d’une diplomatie française en Afrique qui, malgré ses promesses de renouvellement, reste prisonnière de ses vieux réflexes néocoloniaux et d’une asymétrie persistante.
Si la France cherche à préserver son influence sur le continent, elle peine à proposer une relation véritablement équilibrée, respectueuse des priorités et de la souveraineté des États africains.
Depuis plusieurs années, les critiques contre l’influence française en Afrique se multiplient. Les populations, notamment la jeunesse, dénoncent une relation déséquilibrée, marquée par une dépendance économique et une ingérence politique qui freinent le développement autonome du continent. Les exemples ne manquent pas : le retrait des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso, du Niger, et plus récemment de Côte d’Ivoire, illustre un rejet croissant de la présence militaire française, perçue comme un vestige d’une époque révolue. En 2025, la rétrocession de la base de Port-Bouët à Abidjan, présentée par Paris comme une « révision » de son dispositif, a été vécue par beaucoup comme une concession tardive, plus symbolique que substantielle. La France, autrefois perçue comme un « gendarme » de l’Afrique, voit son image se dégrader, minée par des décennies de soutien à des régimes autoritaires et par des discours maladroits, comme celui de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007, qui continue de hanter les mémoires.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la part de la France dans le commerce africain est passée de 10 % à 5 % en un quart de siècle, tandis que les investissements français sur le continent sont en net déclin, avec une enveloppe prévue pour 2026 réduite à 3,7 milliards d’euros, contre 13,7 milliards en 2024. Pire, les annonces de « partenariats d’égal à égal » sonnent creux lorsque l’on constate que les projets financés par l’Agence française de développement sont en chute libre, passant de 1 250 en 2024 à moins de 1 000 en 2025. Comment, dans ces conditions, croire à une volonté réelle de rééquilibrer les relations ?
Emmanuel Macron a beau multiplier les déplacements en Afrique et vanter une diplomatie « renouvelée », les faits montrent que Paris reste avant tout guidé par ses intérêts stratégiques. Les visites présidentielles en Afrique en 2025, centrées sur les partenariats industriels et les énergies renouvelables, ont été saluées comme un tournant. Mais à y regarder de plus près, ces initiatives semblent davantage destinées à contrer l’influence croissante de la Chine, de la Russie ou de la Turquie qu’à répondre aux attentes locales. La France continue de privilégier les élites dirigeantes, souvent coupées des réalités de leur population, et de négocier des accords qui profitent avant tout à ses entreprises.
En Côte d’Ivoire, pays présenté comme un « allié historique », la coopération économique reste largement déséquilibrée. Les entreprises françaises dominent les secteurs clés (infrastructures, énergie, télécommunications), tandis que les retombées pour l’économie ivoirienne restent limitées. La jeunesse africaine, en quête d’autonomie monétaire et économique, voit dans ces partenariats une reproduction des schémas du passé, où l’Afrique fournit les matières premières et la France les capitaux et l’expertise, sans véritable transfert de technologie ni création d’emplois locaux durables.
Face à ce constat, plusieurs arguments plaident pour une remise en cause radicale de ce modèle. D’abord, la France ne peut plus ignorer l’aspiration des Africains à une souveraineté retrouvée. Les coups d’État au Sahel, les mouvements de protestation contre le franc CFA, ou encore la diversification des alliances africaines (vers la Chine, la Russie, ou même l’Arabie saoudite) sont autant de signes d’un continent déterminé à s’affranchir des tutelles extérieures. Ensuite, la diplomatie française, en se concentrant sur des relations bilatérales avec des dirigeants souvent contestés, prend le risque de se couper des dynamiques régionales. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), par exemple, progresse malgré les obstacles, offrant aux pays africains des alternatives à la dépendance envers l’Europe.
Enfin, l’approche française, trop souvent perçue comme paternaliste, alimente un ressentiment qui profite à ses concurrents. La Russie, via le groupe Wagner, ou la Chine, avec ses investissements massifs, savent jouer sur ce terrain, en se présentant comme des partenaires moins exigeants en matière de gouvernance. La France, elle, peine à proposer un narratif crédible, oscillant entre le discours sur la « fin de la Françafrique » et des pratiques qui en perpétuent l’esprit.
Pour que le dialogue entre la France et la Côte d’Ivoire – ou tout autre pays africain – dépasse le stade de la simple communication, plusieurs conditions me semblent indispensables. Il faudrait d’abord que Paris accepte de négocier sur un pied d’égalité, en intégrant les sociétés civiles africaines dans les discussions et en conditionnant ses aides à des critères de transparence et de bonne gouvernance. Ensuite, la France devrait renoncer à son rôle de « donneuse de leçons » et reconnaître publiquement les torts historiques de la colonisation et de la Françafrique. Enfin, elle pourrait s’inspirer d’initiatives comme la TICAD, organisée par le Japon, qui mise sur des partenariats multiformes et une diplomatie plus horizontale.
La rencontre entre Ouattara et Macron à l’Élysée est un symbole, mais un symbole vide si elle ne s’accompagne pas d’actes concrets. Tant que la France refusera de remettre en cause les fondements inégalitaires de sa relation avec l’Afrique, ses déclarations d’intention resteront lettres mortes. L’Afrique de 2026 n’est plus celle des indépendances : elle est jeune, connectée, et déterminée à écrire son propre destin. La France a le choix : soit elle s’adapte à cette nouvelle réalité, en proposant une coopération fondée sur le respect mutuel et l’intérêt partagé, soit elle continuera de perdre du terrain, reléguée au rang de partenaire parmi d’autres, voire de simple spectatrice.
Pour ma part, je reste sceptique quant à la capacité de la France à opérer ce virage. Les habitudes ont la vie dure, et les intérêts économiques à court terme priment souvent sur les engagements politiques. Mais une chose est sûre : sans une refonte profonde de sa politique africaine, Paris risque de voir son influence s’effriter définitivement, au profit de ceux qui sauront mieux écouter et accompagner les aspirations du continent.
Et vous, pensez-vous que la France puisse encore jouer un rôle positif en Afrique, ou est-il trop tard pour réinventer cette relation ? La parole est à vous.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 01/03/2026
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