Ali Larayedh condamné : Justice ou règlement de comptes en Tunisie ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 03/03/2026 09:03:00

Ali Larayedh condamné : Justice ou règlement de comptes en Tunisie ?

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Ali Larayedh, ancien Premier ministre tunisien (2013-2014), a été condamné vendredi à 24 ans de prison à Tunis pour avoir, selon l’accusation, facilité le voyage de centaines de Tunisiens vers la Syrie afin de rejoindre l’organisation Etat islamique. Il est en détention depuis 2022 et plusieurs responsables politiques et sécuritaires ont déjà été condamnés dans la même affaire dite du « tasfir ». Le parti Ennahda a qualifié le procès de « politique » et a lié cette procédure à la dérive autoritaire imputée au président Kais Saied depuis 2021.

L’annonce de la peine résonne bien au-delà du cas individuel: elle tombe dans un climat de tensions politiques et soulève des interrogations sur l’impartialité de la justice et sur l’utilisation possible de procédures judiciaires pour neutraliser des adversaires. Le ton des communiqués, la durée de la détention préventive et la séquence des inculpations donnent à l’affaire une dimension politique qui dépasse le seul volet pénal.

L’affaire dite du « tasfir » concerne des départs vers des zones de conflit survenus au cours de la dernière décennie et a donné lieu à plusieurs procès successifs depuis 2022. Les inculpations visent aussi bien des acteurs civils que des acteurs sécuritaires, dans un contexte de purge politique et de remaniement institutionnel engagé après 2021.

La condamnation d’un ancien chef du gouvernement à une peine longue suscite des doutes quant à la séparation des pouvoirs en Tunisie. Depuis 2021, des décisions présidentielles et des poursuites judiciaires ont fragilisé les contre-pouvoirs: limogeages, restrictions du Parlement, et procédures judiciaires contre des figures politiques influentes. Dans ce contexte, la rapidité et la sévérité de certaines condamnations peuvent être perçues comme des instruments de pression. La situation rappelle des précédents régionaux où des procès contre des opposants ont servi à marginaliser des forces politiques structurées, ce qui affaiblit la confiance des citoyens dans l’indépendance juridictionnelle.

Les faits documentés qui nourrissent la crainte d’un usage politique de la justice incluent la détention prolongée depuis 2022, la multiplication des affaires visant un même courant politique, et les déclarations publiques d’Ennahda dénonçant des motifs politiques. Les condamnations simultanées de responsables civils et sécuritaires dans une affaire globale renforcent l’impression d’une opération de grande ampleur plutôt qu’une succession de dossiers isolés. Une justice perçue comme sélective encourage la défiance populaire, tandis qu’une justice perçue comme instrumentalisée favorise la polarisation et la déstabilisation institutionnelle.

Mettre en avant le risque que ce procès serve à affaiblir l’opposition exige d’examiner les mécanismes concrets: choix des chefs d’accusation, calendrier des mises en examen, recours à la détention préventive longue et accès aux preuves pour la défense. Ces éléments, lorsqu’ils apparaissent cumulés, constituent des signaux d’alerte pour l’indépendance judiciaire. Comparé à d’autres pays de la région où des procédures similaires ont achevé l’érosion des contre-pouvoirs, le cas tunisien illustre le danger d’une justice instrumentalisée pour remodeler l’équilibre politique. À l’inverse, une justice transparente et rapide renforcerait la légitimité des condamnations et la confiance citoyenne.

Les décisions depuis 2021 ont entraîné la fermeture de débats parlementaires et la mise à l’écart de dirigeants politiques, selon des rapports d’observateurs régionaux. Les condamnations dans l’affaire du « tasfir » concernent plusieurs dossiers instruits depuis plusieurs années, avec des auditions et des appels qui restent à suivre. Le suivi des procédures d’appel et l’accès des défenseurs aux pièces du dossier seront des indicateurs clés pour mesurer si la justice tunisienne retrouve une impartialité effective.

La peine infligée à Ali Larayedh est indiscutablement lourde et s’inscrit dans une séquence judiciaire et politique déjà chargée depuis 2021. Les éléments factuels rassemblés — détention prolongée, multiplication des affaires touchant un même camp politique, réactions publiques d’Ennahda — suffisent à alimenter la crainte d’une justice instrumentalisée pour affaiblir l’opposition. La trajectoire des appels et la transparence des procédures détermineront si la Tunisie inverse la dérive perçue ou si la confiance des citoyens dans les institutions judiciaires continuera de s’éroder.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Karima T.
Mis en ligne : 03/03/2026

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