Le colonel Michael Randrianirina, chef militaire de Madagascar, a annoncé lundi la dissolution du gouvernement national, en limogeant le Premier ministre et l’ensemble du cabinet à Antananarivo.
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Suite de l’article : Le communiqué de son porte-parole précise: « Le gouvernement a cessé ses fonctions », et indique que Randrianirina nommera un nouveau Premier ministre « conformément aux dispositions prévues par la Constitution ». Randrianirina avait pris le pouvoir en octobre, après des semaines de manifestations.
La décision survient après des mobilisations de jeunes contre des pénuries d’électricité et d’eau, et après l’engagement du chef militaire à organiser de nouvelles élections dans un délai de deux ans.
En décembre, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) avait demandé une feuille de route pour restaurer la démocratie, incluant des élections avant la fin février, et l’armée s’était déjà positionnée aux côtés des manifestants.
La destitution soudaine du cabinet sans explication publique crée plusieurs tensions documentées. D’abord, la manoeuvre rompt la continuité administrative: les secrétaires permanents ont été chargés de gérer les ministères en attendant un nouveau cabinet, une mesure transitoire qui fragilise la prise de décision politique et la mise en œuvre des services publics essentiels. Les coupures d’électricité et les pénuries d’eau, causes premières des protestations, exigent des réponses rapides; l’absence d’un exécutif clairement investi réduit la capacité de coordination face à ces urgences.
Ensuite, la confiance des mobilisations citoyennes est mise à l’épreuve. Les leaders du mouvement Gen Z, qui ont largement contribué à la chute du pouvoir précédent, réclament une plus grande inclusivité dans la transition et une meilleure représentation dans les instances décisionnelles. Ce divorce entre promesses et pratiques rappelle deux phénomènes observés ailleurs: une rupture entre dirigeants et contestataires qui a ralenti les transitions en d’autres États africains, et des transitions militaires où la gestion intérimaire par des personnels administratifs a dilué la responsabilité politique.
La demande de la SADC pour une feuille de route électorale ajoute une contrainte internationale tangible: des engagements publics ont été pris en vue d’élections rapides, mais la dissolution non motivée complexifie la vérification et la mise en oeuvre de calendriers crédibles. Sans calendrier clair ni justification, les parties prenantes régionales et les observateurs auront du mal à évaluer la sincérité de l’engagement en faveur d’élections libres et transparentes.
La décision de Randrianirina amplifie trois risques vérifiables: affaiblissement de l’administration, érosion de la légitimité de la transition et montée des tensions sociales. L’affaiblissement administratif est visible dans la délégation aux secrétaires permanents, qui disposent d’un mandat technique mais pas d’une légitimité politique forte. L’érosion de la légitimité découle du contraste entre les promesses de sortie de crise en deux ans et l’absence d’explication pour une réorganisation brutale du pouvoir. Enfin, les tensions sociales risquent d’augmenter si les jeunes mobilisés estiment être trahis et si leurs revendications de représentation restent sans réponse.
Les faits publics incluent la chronologie: élections contestées en 2023, protestations pour services publics, intervention militaire en octobre, promesse d’élections sous deux ans, exigence de la SADC en décembre pour un calendrier électoral. La transition administrative actuelle repose sur une solution interne aux ministères plutôt que sur un gouvernement nommé, situation qui a, dans d’autres pays, retardé les réformes nécessaires et aliéné les acteurs civils.
La dissolution sans explication de l’exécutif crée une rupture dangereuse entre les engagements affichés et la réalité institutionnelle. En limogeant son cabinet et en se reposant sur des secrétaires permanents, Randrianirina prend le risque d’affaiblir la capacité de l’État à répondre aux crises immédiates et d’entamer la confiance des jeunes manifestants qui ont légitimé son arrivée au pouvoir. Pour que les promesses d’élections transparentes restent crédibles, il faudra des décisions claires, un calendrier vérifiable et une participation effective des forces sociales mobilisées.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Phillipe C.
Mis en ligne :24/04/2026
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