Le 1er mars 2026, une vidéo deepfake du journal télévisé de la RTB a été diffusée sur X et relayée par des comptes se présentant comme Scoop Africa et La Dépêche africaine, affirmant à tort qu’Ibrahim Traoré aurait déployé des troupes à Téhéran.
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Suite de l’article : Depuis fin octobre 2025, cet écosystème de comptes inauthentiques, actif aussi sur Facebook et TikTok, cible les pays de l’Alliance des États du Sahel : Burkina Faso, Mali et Niger. Des pages localisées via les transparences Facebook en Côte d’Ivoire participent à ces campagnes coordonnées.
L’activité s’est intensifiée après une fausse alerte en octobre 2025 attribuée à un compte se nommant Nikolaï Piotr Melnikov, puis rebaptisé Scoop Africa, et depuis mi-2025 plusieurs pages créées en mai amplifient des infox régionales.
L’enquête documentaire montre une chaîne structurée : comptes principaux, relais satellites, publications synchronisées et avis positifs postés à quelques minutes d’intervalle. Les faits établis exposent plusieurs vulnérabilités institutionnelles. D’abord, l’usurpation d’identité de médias légitimes et l’usage de deepfakes permettent de donner une apparence véridique à des contenus faux. Une vidéo modifiée au niveau de la voix et du texte a suffi pour franchir rapidement les barrières de crédibilité et toucher des centaines de milliers d’utilisateurs. Ensuite, la rotation d’identités sur X et Facebook — comptes qui changent de nom à plusieurs reprises — complique toute traçabilité et toute action de retrait ou de sanction par les plateformes.
La coordination transfrontalière est démontrée par des indices techniques et comportementaux : publications quasi simultanées, relais par des pages localisées en Côte d’Ivoire, et amplification par un acteur vidéo sur TikTok avec plus de 13 millions de vues cumulées. Ces éléments montrent que l’influence ne reste pas confinée à un pays; elle se diffuse dans toute la région sahélienne. Un expert anonyme consulté indique que rien ne permet aujourd’hui d’attribuer avec certitude l’ensemble des responsabilités, tandis que des communications officielles — comme le démenti de la RTB et celui de l’ambassade russe à Bamako — confirment la fréquence des manipulations.
La plupart des pages donnent des informations administratives minimales et utilisent des localisations déclaratives qui ne garantissent pas la réalité des opérateurs. Cette opacité bloque les poursuites juridiques et les mesures de transparence politique. Malgré des audiences modestes sur chaque canal, la répétition et la synchronisation des messages multiplient la portée organique et favorisent la reprise par des relais involontaires, y compris des journalistes. La multiplication des fausses alertes concernant des ventes d’infrastructures, des déclarations de chefs d’État ou des essais cliniques fabriqués sape la confiance dans l’information publique et rend plus difficile la réponse des autorités face à des crises réelles. Philip Brant souligne que ces contenus « discréditent les informations publiées par des journalistes » et réduisent la crédibilité des alertes authentiques. Harouna Drabo observe que cette dynamique s’est accélérée lors d’épisodes politiques récents, ce qui renforce la polarisation.
La coordination transfrontalière et l’opacité des comptes créent un climat où la manipulation massive de l’opinion locale peut prospérer sans obstacle procédural ni responsabilité clairement établie. À comparer à des opérations d’ingérence externes antérieures, l’écosystème actuel combine techniques de trucage numérique et pratiques de réseau low-cost, rendant la réponse institutionnelle plus complexe. Le risque politique est tangible : perte de confiance, désordre informationnel, et facilitation d’escalades locales sur fond de tensions militaires et sociales.
Les données publiques montrent au moins dix opérations documentées et une dizaine de comptes centraux et satellites. Les éléments techniques disponibles — heures de publication, captures identiques, avis simultanés — constituent des preuves exploitables pour des autorités nationales et pour les plateformes, si des procédures de coopération sont mises en œuvre.
Les faits rassemblés dessinent un paysage où l’absence de transparence des responsables et la coordination régionale des pages inauthentiques fragilisent les institutions et les opinions publiques du Sahel. Les manipulations répétées, soutenues par des comptes difficiles à tracer et par l’usage de deepfakes, transforment l’espace médiatique en un terrain propice à l’instabilité politique, avec des conséquences mesurables sur la crédibilité des informations et la stabilité des sociétés concernées.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ibrahim T.
Mis en ligne : 28/04/2026
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