Libération contre carburant : Bamako cède au chantage des djihadistes - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 07/04/2026 03:04:00

Libération contre carburant : Bamako cède au chantage des djihadistes

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Les autorités maliennes ont libéré une centaine de djihadistes présumés du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) en échange d’un engagement du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) d’ouvrir un couloir pour le passage de camions-citernes vers Bamako. L’accord a été conclu dans le contexte du blocus des convois de carburant lancé depuis septembre 2025, et il doit rester en vigueur jusqu’à la Tabaski en mai selon des sources sécuritaires.

La mesure vise à rétablir l’approvisionnement en carburant dans la capitale, frappée par des pénuries qui ont paralysé le transport et les activités commerciales. Ce geste des autorités, présenté comme une solution immédiate à une crise matérielle, suscite des interrogations sur ses conséquences à moyen et long terme pour l’économie et la sécurité.

La crise sécuritaire du Mali s’enracine depuis 2012 avec la prolifération de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que l’essor de gangs criminels locaux. Le blocus des carburants par le JNIM a intensifié la pression sur les autorités et les populations urbaines.

La libération massive de détenus contre l’ouverture d’un couloir logistique illustre un mécanisme ancien: céder pour obtenir un service immédiat. Les faits montrent que depuis septembre 2025 les attaques sur les convois ont réduit de façon dramatique l’acheminement légal de carburant vers Bamako, obligeant les autorités à rechercher une sortie rapide pour éviter l’emballement social. Le retour des camions-citernes répond à un besoin concret, mais la contrepartie pose un risque systémique.

D’abord, la transaction crée un précédent incitatif. Des groupes armés prennent conscience que la contrainte sur des infrastructures stratégiques peut générer des concessions politiques et matérielles. À titre de comparaison, des zones de conflit ailleurs en Afrique de l’Ouest ont vu l’émergence d’économies de menace où les acteurs non étatiques monétisent l’extorsion de biens essentiels. Ensuite, le marché du carburant, fragilisé, risque d’être captif d’un système parallèle: approvisionnements irréguliers, multiplication des intermédiaires, et hausse des marges illicites qui alourdissent le prix final.

Les entreprises souffrent directement d’une telle logique. Le transport routier, les industries et les petits commerçants font face à une volatilité des coûts qui rend impossible toute planification. Les chiffres disponibles sur les variations de prix à la pompe depuis les attaques montrent des hausses ponctuelles dépassant 20 à 30 pour cent dans certaines périodes de pénurie. Les consommateurs supportent ces augmentations déjà élevées, tandis que les acteurs illégaux captent une part de la valeur ajoutée. Par conséquent, l’accord renforce une économie du chantage qui entraîne distorsions de marché et perte de recettes fiscales, puisque des circuits parallèles échappent à la régulation et à l’imposition.

En cédant aux exigences des djihadistes pour débloquer du carburant, l’État alimente donc une logique où la pression militaire et la menace stratégique deviennent des leviers économiques. Cette dynamique fragilise les entreprises locales, accroît l’inflation des produits et détériore la vie quotidienne des ménages urbains qui dépendent du carburant pour se déplacer et pour l’approvisionnement des commerces. Une comparaison avec des situations de contrebande montre que lorsque l’offre légale est compromise, le pouvoir d’achat des citoyens baisse et la confiance des investisseurs se délite.

Des études sur les économies de conflit indiquent que la capture de filières stratégiques conduit à une augmentation durable du coût des intrants et à une contraction des activités formelles. Les exemples régionaux révèlent aussi que la récupération d’un approvisionnement durable nécessite des mesures de sécurisation des routes, de transparence sur les flux et de lutte contre les réseaux de trafiquants, au-delà des arrangements ponctuels.

La décision de libérer des détenus pour permettre le passage de camions-citernes offre un répit matériel à Bamako mais elle institue un modèle dangereux: la marchandisation de la menace. Les entreprises, les prix et la vie quotidienne risquent d’être durablement pénalisés si les autorités ne parviennent pas à restaurer l’autorité sur les axes routiers et à rompre les circuits illicites. Sans sécurisation pérenne et contrôle des filières, la capitale pourrait voir se consolider une économie du chantage qui pèse sur toute la société.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Issa T.
Mis en ligne : 07/04/2026

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top