Le projet de loi n°16/2026 portant Code de la Sécurité sociale, examiné le 22 juin à l’Assemblée nationale, promet une assurance maladie universelle et plus d’équité.
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Suite de l’article : Sur le papier, les avancées sont alléchantes : harmonisation des textes, extension de la couverture aux travailleurs informels, et renforcement des mécanismes de contrôle. Mais je ne peux m’empêcher de voir, derrière ces annonces, une nouvelle couche de normativité sans réponse aux blocages structurels qui minent notre système depuis des décennies.
Depuis 1962 et la ratification partielle de la Convention n°102 de l’OIT, le Sénégal a accumulé les textes sans jamais résoudre les fractures de fond. Les lois de 1973 et 1975 ont posé des bases, mais aujourd’hui, moins d’un Sénégalais sur quatre bénéficie d’une protection sociale (OCDE, 2025).
Pire : le secteur informel, qui représente plus de 80 % de l’emploi, reste largement exclu des mécanismes formels. Les mutuelles communautaires, testées depuis 2013, ont échoué à atteindre une adhésion massive, faute de financement durable et de mécanismes coercitifs — comme l’a montré l’exemple du Rwanda, seul pays de la région à avoir imposé une cotisation obligatoire avec un semblant de succès.
Le nouveau Code abroge la loi de 1973 et introduit une assurance maladie universelle. Mais comment croire en son efficacité ? Les limites sont criantes :
L’IPRES, institution centrale, peine déjà à gérer les régimes existants. Ses capacités administratives, jugées insuffisantes par les rapports du CLEISS, ne sont pas renforcées. L’extension aux travailleurs indépendants et du secteur informel se heurte à un obstacle de taille : leur précarité économique. Comment leur imposer des cotisations quand leurs revenus sont irréguliers, voire inexistants ? Le financement reste flou. L’OCDE souligne que la formalisation des travailleurs informels est « embryonnaire ». Sans ressources supplémentaires, cette réforme risque de reproduire les échecs passés, comme celui des mutuelles de santé communautaires, dont les taux d’adhésion sont restés dérisoires (The Conversation, 2024).
Je crains que ce Code ne soit qu’un habillage juridique. En Afrique subsaharienne, 90 % de la population n’est toujours pas assurée contre les risques maladie (Cairn.info, 2018). Les causes ? Des institutions faiblissantes, un secteur informel dominant, et une gouvernance souvent défaillante. Le Sénégal ne fait pas exception. Les défis identifiés par le ministère lui-même — identification des bénéficiaires, financement durable, priorisation des vulnérables — ne sont pas résolus par ce texte. Pire, ils sont ignorés.
La comparaison avec d’autres pays est édifiante : le Rwanda a réussi à imposer une couverture universelle grâce à un État fort et des mécanismes coercitifs. Au Sénégal, où la dette publique frôle 100 % du PIB et où les institutions peinent à collecter les cotisations, comment espérer mieux ?
Je ne nie pas la volonté de moderniser. Mais une réforme, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut tenir sans moyens concrets. Sans renforcement des capacités de l’IPRES, sans solution pour le secteur informel, et sans financement pérenne, ce Code risque de s’ajouter à la liste des textes inappliqués. Derrière les mots, la réalité reste implacable : le Sénégal n’est pas prêt. Et je redoute que, une fois de plus, les plus vulnérables en paient le prix.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 29/06/2026
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