Théorie sans pratique : La recette du désastre des séries scientifiques - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Education | Par Maimouna | Publié le 05/08/2026 07:08:00

Théorie sans pratique : La recette du désastre des séries scientifiques

Au baccalauréat 2026 au Sénégal, les candidats des séries scientifiques représentent 15,55 % des effectifs. Baye Dieng, psychologue‑conseiller et chef de la Division Orientation et Appui psychosocial au Centre national de l’orientation scolaire et professionnelle, et le professeur Madiagne Diallo, mathématicien, ont été cités sur les chiffres et les causes de ce recul.

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Suite de l’article : Le contexte officiel vise à faire des sciences et de l’innovation des moteurs de la transformation économique nationale, mais les effectifs scientifiques déclinent fortement.

Le phénomène n’apparaît pas au seul moment du baccalauréat mais s’installe au fil de la scolarité, selon les spécialistes cités. La perte d’élèves se produit entre l’entrée au lycée et l’examen final, et elle prend racine dès le primaire.

L’analyse montre un empilement de facteurs concrets. Les méthodes d’enseignement restent majoritairement théoriques, avec peu d’expérimentations et de travaux pratiques, ce qui renforce l’idée que les sciences sont abstraites et inaccessibles. Le professeur Diallo l’illustre ainsi : « Tant que l’élève ne comprend pas l’utilité de ce qu’il apprend, son intérêt sera dispersé. » Les enquêtes ministérielles relèvent aussi un manque d’enseignants qualifiés dans certaines disciplines, des laboratoires insuffisamment équipés et des classes souvent surchargées. Ces conditions pédagogiques rendent l’apprentissage plus ardu et favorisent les réorientations, les redoublements et les abandons.

Le sentiment d’efficacité personnelle est un autre élément tangible. Baye Dieng note que de nombreux élèves développent tôt la conviction qu’ils ne sont pas faits pour les sciences, après des expériences scolaires répétées qui tournent mal. Il résume la dynamique du départ : « Cette cohorte qui représente aujourd’hui 15,55 % des candidats scientifiques était composée de 27,8 % d’élèves en seconde scientifique il y a trois ans. » Cette comparaison entre la seconde et le baccalauréat met en évidence une hémorragie massive pendant le cycle terminal.

L’orientation scolaire ajoute une couche de défaillance. Les réorientations se font parfois sans profilage approfondi et sans l’intervention systématique des services spécialisés du Cnosp, ce qui pousse des élèves hors des filières scientifiques sans évaluer réellement leur potentiel. Le milieu familial influence aussi fortement les choix : beaucoup de parents perçoivent encore ces filières comme longues et risquées, alors que le marché du travail montre une demande croissante pour des ingénieurs, des techniciens et des spécialistes du numérique et de l’intelligence artificielle. Comparer cette perception familiale et la réalité des besoins économiques révèle un décalage qui fragilise l’attractivité des sciences.

Sur le plan de la gouvernance, le professeur Diallo souligne que les problèmes diagnostiqués depuis longtemps peinent à se traduire en programmes durables et financés. Le constat factuel est celui d’une accumulation d’obstacles systémiques plutôt que d’un défaut d’aptitude des élèves. Quand l’enseignement reste centré sur la théorie, les manipulations et les projets disparaissent, et les disciplines scientifiques deviennent l’apanage d’une minorité résiliente.

Des éléments de réponse existent dans les recommandations : moderniser les pratiques pédagogiques, renforcer les laboratoires, développer des clubs et des concours scientifiques, intervenir tôt pour restaurer la confiance des élèves et associer mieux les services d’orientation lors des changements de série. Ces pistes sont documentées mais leur implémentation reste insuffisante.

La photographie finale est claire et préoccupante : un enseignement trop théorique et sans expérimentation transforme les sciences en parcours élitiste et rare, réduit la relève scientifique nationale et fragilise la capacité du pays à former les professionnels nécessaires à sa transformation économique. Les chiffres et les rapports recueillis montrent que le problème est d’abord structurel et institutionnel, et non lié à une moindre aptitude des élèves.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anta F.
Mis en ligne : 05/08/2026

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