L'APR, prisonnière de ses fidèles : Le doute est permis - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 08/08/2025 03:08:30

L'APR, prisonnière de ses fidèles : Le doute est permis

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Ce jeudi, le président de l’Alliance pour la République (APR), Macky Sall, a procédé à une série de nominations dans les instances de son parti. Pape Malick Ndour est désigné Coordinateur national de la Convergence des Cadres républicains (CCR), Aminata Guèye prend la tête de la Chambre des Élus républicains, tandis qu’Hamidou Anne dirige désormais la Cellule Analyses et Prospective (CAP). D’autres figures comme Papa Mahawa Diouf et Mame Marieme Thiam Babou rejoignent les rangs des porte-paroles adjoints. Officiellement, il s’agirait de préparer le parti aux « défis à venir ». Mais derrière cette façade d’organisation, une lecture critique s’impose : cette réorganisation sein de l’APR semble avant tout répondre à des logiques politiciennes, plus qu’à une réelle volonté de transformation.

Depuis la défaite de son dauphin Amadou Ba à la présidentielle de mars 2024, l’APR vit une traversée du désert. Le parti, privé du pouvoir exécutif pour la première fois depuis douze ans, tente tant bien que mal de se redéfinir dans l’opposition.

Cette réorganisation au sein de l’APR, censée donner un nouveau souffle, intervient dans un climat où la crédibilité de la formation politique est sérieusement écornée. Dans ce contexte, on aurait pu s’attendre à une véritable introspection, voire à un renouvellement des méthodes et des visages. Or, ce que l’on observe est tout autre.

Certes, quelques noms peu visibles jusque-là font leur apparition, mais les figures centrales restent les mêmes. Beaucoup de ces responsables sont déjà connus pour leur loyauté au président sortant, et non pour leur capacité à impulser des idées nouvelles. La promotion de proches fidèles comme Pape Malick Ndour ou Papa Mahawa Diouf pose question. Plutôt que d’apporter un souffle nouveau, cette manœuvre ressemble davantage à une tentative de maintenir le contrôle du parti par Macky Sall, en verrouillant les postes clés avant l’installation du Secrétariat exécutif national élargi.

Ces nominations sont-elles réellement pensées pour répondre aux « défis à venir » ? Ou ne sont-elles qu’un moyen pour Macky Sall de garder la mainmise sur l’APR dans l’ombre, malgré son retrait officiel de la vie présidentielle ? Le doute est permis. En l’absence d’un vrai débat interne, de congrès refondateur ou d’ouverture aux jeunes militants et aux voix critiques, cette opération ressemble fort à une simple redistribution des cartes entre fidèles. On est loin d’une restructuration stratégique, comme on pourrait l’attendre dans un moment aussi crucial.

À l’étranger, certains partis ayant perdu le pouvoir ont opéré des refontes profondes. Le Parti Socialiste français, par exemple, après ses revers électoraux, a engagé une série de consultations internes et a favorisé l’émergence de nouvelles générations. De même, l’ANC sud-africain, en difficulté, a été contraint de revoir ses pratiques sous la pression d’une base militante exigeante. À l’inverse, l’APR semble s’engager dans une logique conservatrice, reproduisant les mêmes schémas d’entre-soi.

Si l’APR veut redevenir une force crédible, elle doit aller bien au-delà de ces jeux d’alliances internes. Il ne suffit pas de nommer des porte-paroles ou des coordinateurs : il faut repenser le projet politique, admettre les erreurs passées, et ouvrir le débat. Tant que la logique sera celle de la loyauté au chef plutôt que de l’innovation politique, l’APR restera prisonnière de son passé.

Ce réaménagement n’est en rien une rupture. Il s’inscrit dans une continuité qui a mené le parti à la perte de confiance populaire. En maintenant les mêmes figures et en évitant le vrai débat, Macky Sall semble vouloir préserver son influence, au lieu de laisser l’APR se régénérer de manière autonome. Ce n’est pas ainsi que l’on bâtit un avenir politique solide. Le parti aurait tout à gagner à se réinventer, non à se recycler.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 08/08/2025

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