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Le ministère de l’Éducation nationale, dans un communiqué récent adressé aux autorités administratives et aux Forces de Défense et de Sécurité, a annoncé des poursuites judiciaires et des sanctions administratives contre les élèves qui, à Dakar, délogent par la force leurs camarades pour soutenir le mouvement étudiant. Les établissements cités incluent Abdoulaye Maturin Diop, Ahmet Sy Malick, Blaise Diagne, Thierno Birahim Mbacké, Awa Balla Mbacké et Ousmane Diop Coumba Pathé. Le département met en garde contre la destruction d’infrastructures et promet l’exclusion définitive ou la radiation des listes d’examen pour les fautifs.
Ce message ministériel vise à protéger la continuité des enseignements et à sécuriser les écoles face à des jets de pierres et à des expulsions violentes rapportés dans plusieurs établissements. L’annonce tranche par sa sévérité, mais elle soulève des interrogations sur l’efficacité de mesures punitives lourdes face à un phénomène social plus large.
Les incidents interviennent alors que des étudiants mènent un mouvement revendicatif, auquel certains lycéens semblent vouloir apporter leur soutien en occupant ou en perturbant des établissements voisins. Les autorités dénoncent des dégâts matériels et la suspension des cours dans la zone concernée.
La décision ministérielle repose sur la nécessité d’assurer la sécurité scolaire et de préserver les conditions d’apprentissage, objectif incontestable. Le communiqué affirme que « tout élève pris en flagrant délit de destruction d’infrastructures scolaires ou de perturbation des enseignements, sera immédiatement traduit devant la justice » et que des sanctions administratives, allant jusqu’à l’exclusion définitive, seront appliquées. Ces éléments factuels traduisent une réponse répressive et juridique aux débordements constatés.
Cependant, plusieurs faits suggèrent que l’exclusion scolaire présente des limites importantes. Des études éducatives internationales font apparaître un lien entre exclusion et augmentation du taux d’abandon scolaire, avec un risque de marginalisation qui peut précéder la délinquance. Dans d’autres pays, l’exclusion pure et simple a été comparée à des dispositifs de gestion centrés sur la médiation ou la justice réparatrice, qui réduisent la récidive et préservent le lien scolaire. En outre, la radiation des listes d’examen prive des jeunes d’accès formel à la certification, ce qui ferme des voies d’insertion professionnelle et fragilise des familles déjà vulnérables.
La mise en œuvre de sanctions lourdes pose plusieurs problèmes factuels. Premièrement, l’exclusion immédiate ne garantit pas la réparation des infrastructures ni la reprise sereine des cours : elle dissipe les élèves sans assurer leur accompagnement. Deuxièmement, la traduction systématique devant la justice modifie la nature de la réponse scolaire en réponse pénale, avec des conséquences judiciaires et administratives qui pèsent longtemps sur un dossier personnel. Troisièmement, la radiation des listes d’examen prive les jeunes d’une certification susceptible de réduire leur vulnérabilité socio-économique.
Remettre en question l’efficacité de ces sanctions conduit à privilégier des réponses complémentaires: prévention ciblée, dialogue avec les lycéens, programmes de réparation des infrastructures impliquant les élèves concernés, et recours à des mesures disciplinaires proportionnées assorties d’un accompagnement éducatif. Des comparaisons internationales montrent que les établissements qui combinent sanctions restauratives et soutien psychosocial obtiennent de meilleurs résultats en matière de maintien dans le système scolaire que ceux qui pratiquent l’exclusion systématique.
Des bilans nationaux et internationaux indiquent que la stigmatisation administrative accroît le décrochage. Des expérimentations de médiation scolaire et de concours de réparation matérielle ont réduit les tensions dans des contextes urbains comparables, tout en préservant l’accès aux examens pour les jeunes impliqués.
Le ministère dispose d’outils juridiques pour répondre aux violences et protéger les écoles, et ces mesures répondent à des urgences réelles. Mais les faits disponibles invitent à s’interroger sur l’efficacité exclusive de l’exclusion définitive et de la radiation des listes d’examen. Sans dispositifs d’accompagnement et sans traitement des causes politiques et sociales des mobilisations, les sanctions risquent d’enfermer des jeunes dans l’échec scolaire et social, plutôt que de résoudre durablement les perturbations constatées.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Maimouna B
Mis en ligne : 01/03/2026
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