UCAD : Sonko veut un commissariat, mais est-ce la bonne réponse ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 03/03/2026 12:03:00

UCAD : Sonko veut un commissariat, mais est-ce la bonne réponse ?

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Le Premier ministre Ousmane Sonko a demandé au ministère de l’Intérieur d’étudier l’implantation d’un commissariat de police à l’intérieur de l’Université Cheikh Anta Diop à Dakar, après la mort de l’étudiant Abdoulaye Bâ le 9 février. La mesure vise à instaurer une présence sécuritaire permanente pour prévenir les violences et protéger les infrastructures et les usagers.

J’assume dès maintenant mon refus de cette logique : transformer l’UCAD en poste de police permanent, c’est préférer la répression visible à la prévention intelligente. Installer un commissariat sur le campus sous prétexte de sécurité risque d’ériger la criminalisation de la jeunesse en modèle de gestion politique. Je ne minimise pas le drame qui a frappé la communauté, mais je refuse que la peur devienne la réponse automatique.

La proposition arrive après des violences qui ont enflammé le campus et troublé la tenue des cours; la question de la sécurité universitaire revient au premier plan sans diagnostic complet des causes profondes.

Je vois plusieurs dangers concrets à cette option qui se présente comme une solution simple. D’abord, la présence policière permanente change la nature même de l’espace universitaire. L’université est un lieu d’échanges, d’irrévérence parfois, de débats parfois rugueux; quand la police devient ordinaire, la parole se tait et la dissidence se stigmatise. Les étudiants, déjà meurtris, risquent de se sentir surveillés plutôt que protégés. La peur s’installe en silence et produit des comportements de repli qui favorisent l’isolement des victimes et la normalisation des tensions.

Ensuite, la criminalisation de la vie étudiante est une menace pour les libertés académiques. Les incidents mineurs, les manifestations étudiantes, les tensions de voisinage pourraient être traités comme des affaires de sécurité publique plutôt que comme des conflits sociaux et pédagogiques. J’imagine un semestre où chaque rassemblement est enregistré, où chaque graff est interprété comme une provocation; l’université se transforme en caserne administrative. Cette perspective rappelle, par comparaison, des campus où la militarisation a tué la créativité: l’ambiance devient pesante, les cursus se vident d’enthousiasme. À l’opposé, on peut comparer la situation avec des campus qui ont privilégié la médiation et la prévention, où la présence de psychologues et d’associations a désamorcé des crises sans muscler la répression.

Un autre point: la confiance entre étudiants et forces de l’ordre est historiquement fragile. Une implantation permanente risque d’exacerber ce déficit. Quand la police est perçue comme arbitraire, chaque intervention alimente la défiance et la radicalisation. La mort d’un étudiant devrait inviter à ouvrir des enquêtes indépendantes et à réformer les procédures disciplinaires, pas à multiplier les interventions armées dans les amphithéâtres. Je veux des comptes rendus clairs, des responsables identifiés et des mesures de réparation, pas une police d’enceinte.

La prévention efficace passe par des mesures sociales et pédagogiques, pas seulement par des murs de béton et des uniformes. Il faut investir dans des services de santé mentale, dans des dispositifs de médiation comprenant des étudiants, des enseignants et des acteurs communautaires, et dans la formation des personnels administratifs à la gestion des conflits. Il faut aussi améliorer l’éclairage, la sécurité des infrastructures et la gestion des flux sans transformer chaque couloir en zone de contrôle. Les chiffres internationaux montrent que la médiation réduit les violences plus sûrement que la répression visible; ce n’est pas un pari risqué, c’est une leçon à appliquer.

La présence policière permanente aura aussi un coût symbolique élevé. Elle enverra le message que le dialogue a échoué et que l’État préfère la force visible à la responsabilité sociale. Elle risque d’attirer des interventions extérieures plus lourdes et d’instrumentaliser le campus dans des conflits politiques. Je crains que l’UCAD devienne un terrain d’expérimentation sécuritaire où l’on déploie des moyens qui n’apportent pas de solution réelle aux causes profondes de la violence.

Des universitaires ont montré que la résolution durable des violences étudiantes passe par la gouvernance partagée, par l’inclusion des représentants étudiants dans les comités de sécurité, et par des partenariats avec des associations locales. Les comparaisons avec des campus en Afrique et en Europe indiquent que la combinaison de médiation, d’accompagnement social et d’améliorations matérielles réduit les incidents sans policer la vie quotidienne.

Je refuse que l’angoisse devienne la politique de référence pour l’UCAD. Installer un commissariat permanent risque davantage de criminaliser les étudiants que de garantir leur sécurité; cela enferme la jeunesse dans un rapport de suspicion et freine la parole nécessaire pour prévenir les violences. Je demande que l’on ouvre d’abord des mécanismes de dialogue, que l’on renforce les services sociaux et que l’on lance des enquêtes transparentes avant de militariser le campus. Si la sécurité doit être renforcée, qu’elle le soit avec la confiance, pas avec la peur.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 03/03/202
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