Crime familial à Kaolack : Le silence qui favorise l’impunité - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Eva | Publié le 20/02/2026 11:02:00

Crime familial à Kaolack : Le silence qui favorise l’impunité

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Dans la nuit de mardi à mercredi, à Kanda Fodé Bayo, quartier de Kahone dans la région de Kaolack, une fillette de cinq ans, D. Sow, a été enlevée puis retrouvée décapitée et violée. Le suspect, L. Sall, âgé de 30 ans et identifié comme l’oncle de la victime, a été interpellé à la gare routière de Kahone alors qu’il tentait de fuir vers son village, Boudouck. L’enquête judiciaire est en cours et l’instruction doit chercher à établir les circonstances et le mobile.

La brutalité des faits saisit l’opinion et rompt le silence. Le geste extrême, commis à 200 mètres du domicile familial selon les premiers éléments, révèle une faille profonde dans la protection des enfants au niveau local et familial. Le choc provoque des questions sur la capacité des communautés à dénoncer les violences intrafamiliales et sur les mécanismes d’alerte existants.

La région de Kaolack, comme d’autres zones rurales, doit composer avec des structures familiales étendues et des règles sociales qui régissent la parole et la réputation. Ces cadres sociaux influencent la manière dont les agressions sont perçues et signalées aux autorités.

Le crime décrit plus haut n’est pas un acte isolé dans son impact social: il met en lumière le silence communautaire qui entoure souvent les violences intrafamiliales. Ce silence prend racine dans la peur du discrédit, dans la priorité donnée à l’honneur familial et dans la dépendance économique des victimes envers les agresseurs présumés. Quand une victime appartient à une même parenté que l’agresseur, la chaîne de protection se fragilise: témoins hésitent à parler, témoins se taisent par loyauté, témoins craignent la stigmatisation sociale.

Les conséquences pratiques sont nettes. L’absence de dénonciation retarde l’intervention policière et médico-légale, compromet la préservation des preuves et réduit les chances de prévention d’autres agressions. Le cas présent montre aussi une lacune dans la surveillance informelle: l’agresseur a pu s’éloigner du domicile et se rendre à une gare routière sans être repéré par des membres de la communauté ni par des services de sécurité.

Les enquêtes sur les violences sexuelles et intrafamiliales au Sénégal font fréquemment état d’un sous-déclaration des faits. Ce phénomène s’explique par des barrières juridiques et pratiques: manque d’information sur les procédures, distance géographique aux services judiciaires et médico-sociaux, et confiance limitée dans la réponse policière et judiciaire. La réticence à porter plainte empêche également la constitution d’un corpus de données fiable, ce qui rend difficile l’allocation de ressources adaptées.

Le silence communautaire favorise l’impunité en créant des zones d’ombre où les actes restent non documentés et non poursuivis. Sans signalement systématique, la justice ne peut instruire et les autorités locales ne peuvent mettre en place des mesures de protection ciblées. Les familles souvent privilégient le règlement interne ou la discrétion, une comparaison possible étant celle des violences domestiques dans d’autres sociétés patriarcales où la confidentialité prime sur la protection. Une autre comparaison peut être faite avec les campagnes publiques de dénonciation qui, lorsqu’elles existent, augmentent le taux de plainte et l’engagement des services sociaux.

Le dossier impose d’examiner comment les tabous culturels pèsent sur la parole des victimes et des témoins. Les structures coutumières, la crainte du déshonneur et l’absence de relais institutionnels efficaces génèrent une hérésie silencieuse: les plus vulnérables restent sans défense. Le refus collectif de regarder ces violences en face maintient un système où l’impunité prospère et où la sécurité des enfants est compromise.

Des études locales et des rapports d’ONG signalent que l’accès aux soins médico-légaux et aux cellules d’écoute est très inégal entre zones urbaines et rurales. Le renforcement des services d’urgence psychologique, la formation des agents de police aux violences sexuelles et la création de points d’accueil décentralisés sont des réponses factuelles recommandées par des spécialistes pour améliorer le taux de signalement et la prise en charge.

Les faits tragiques de Kahone révèlent une réalité froide: quand la parole se tait pour préserver l’image ou les liens familiaux, la justice recule et les victimes paient le prix fort. Le silence communautaire n’est pas une simple passivité, il constitue un mécanisme qui protège parfois l’agresseur au détriment des plus fragiles. La suite de l’enquête et la réaction des autorités locales permettront de mesurer si les structures existantes peuvent rompre ce cercle et offrir enfin des voies sûres de dénonciation et de protection.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Saliou F.
Mis en ligne : 20/02/2026

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