Suzanne, militante féministe sénégalaise, a quitté le FRAPP pour fonder la plateforme WaxJotna et lancé la campagne « Wax Jotna ».
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Suite de l’article : Le 31 décembre 2025, le président du Sénégal a retenu la définition du féminicide comme meurtre d’une femme en raison de son sexe. Entre janvier 2025 et avril 2026, 23 cas de féminicides ont été médiatisés au pays.
La parole libérée par WaxJotna vise à briser le silence sur les violences sexuelles et sexistes, à pousser les victimes à témoigner et à interpeller l’État sur la réforme du Code de la famille. Ce mouvement utilise volontiers des slogans chocs et des actions de rue, jusqu’à des pancartes provoquantes qui ont attiré une forte attention médiatique nationale et internationale.
La communication spectaculaire a des vertus immédiates: visibilité, mobilisation de l’opinion et mise sous pression des institutions. Les chiffres cités par les organisations de terrain plaident pour l’urgence d’une réponse: entre 2020 et 2024, l’ANSD a recensé 1 510 cas de viol dont 957 mineurs. Le mémorandum déposé au ministère de la Justice le 31 mars 2026 réclame la reconnaissance juridique du féminicide et la révision d’articles-clés du Code de la famille, notamment l’harmonisation de l’âge minimal du mariage à 18 ans et la réforme des règles de filiation.
Pourtant, la mise en scène militante comporte des risques mesurables pour l’efficacité législative. Première tension: l’instantané médiatique capte l’attention mais dilue les revendications techniques. Les slogans et les images fortes occupent l’espace public au détriment des arguments juridiques précis sur l’article 111, l’article 196 ou l’article 300 du Code pénal que WaxJotna veut modifier.
Deuxième tension: l’émotion suscitée nourrit des réactions de rejet et des attaques ad hominem visant les militantes, ce qui polarise le débat et complique le dialogue avec des parlementaires hésitants. Troisième élément factuel, la dissociation entre communication et résultat: malgré la visibilité des campagnes, aucune adoption complète des réformes demandées n’est intervenue à ce jour; l’Assemblée nationale a, dans la même période, renforcé des textes sur d’autres sujets, montrant des priorités divergentes.
En matière de droits civiques, des mouvements qui ont combiné communication visible et lobbying technique ont obtenu des lois durables; à l’inverse, des mobilisations centrées sur le spectacle ont parfois obtenu des engagements symboliques sans réformes juridiques profondes. Une autre comparaison concerne la criminalisation du viol: la loi sénégalaise existe mais les pratiques judiciaires montrent des défaillances dans l’application, preuve que la simple annonce législative ne suffit pas sans dispositifs d’accompagnement.
Des chiffres et des faits renforcent l’argument principal: l’absence d’un recensement fiable des féminicides et la fragmentation des données entravent l’élaboration de politiques publiques ciblées. Le mémorandum de mars 2026 détaille des propositions techniques — filiation, autorité parentale partagée, avortement médicalisé en cas de viol — qui demandent des débats parlementaires et des avis d’experts, démarches longues et peu compatibles avec le tempo d’une communication choc.
La tactique spectaculaire a donc un rôle, mais elle ne remplace pas le travail législatif et institutionnel. Si la visibilité crée des opportunités, elle peut aussi transformer la parole en scène où l’émotion prime sur les textes et où la contre-offensive politique se focalise sur l’image plutôt que sur la substance. Pour transformer colère et visibilité en lois effectives, les faits montrent qu’il faut articuler la provocation avec un travail soutenu de techniciens du droit, des journalistes d’investigation et des responsables politiques prêts à engager des réformes concrètes.
La trajectoire de WaxJotna illustre ce dilemme: la campagne a relancé le débat public et fait progresser la reconnaissance du féminicide, mais les réformes détaillées demandées restent à traduire en textes adoptés et en mécanismes applicables, selon les chiffres et les dépôts officiels disponibles. Le spectacle mobilise, la technique législative construit. Les deux sont nécessaires, l’un ne suffit pas seul.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Seynabou F.
Mis en ligne : 01/05/2026
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